Les migrants creusois étaient essentiellement des maçons mais aussi des
charpentiers, des tailleurs de pierre ou des scieurs de long.
Habitant un pays qui fournit le mortier (le tuf ) et la pierre (le
granite), le marchois avait toutes les aptitudes à devenir maçon. Par ailleurs, les
habitants, très pauvres et endettés, vivaient de minuscules propriétés difficiles à
cultiver et peu rentables. On comprend alors pourquoi les marchois ont répondu à l'appel
de Richelieu pour construire la digue de La Rochelle puis qu'ils soient partis travailler
dans toute la France, particulièrement à Paris, Lyon et Saint Etienne.
Les départs s'étageaient entre le 1er mars et le 15 avril. Les hommes d'un même village
se réunissaient pour voyager ensemble, pour affronter le long voyage à pied. Il fallait
encore en 1830, 4 jours pour atteindre Orléans, à raison de 40 kms par jour. Dans
certaines localités, presque tous les hommes valides quittaient leur demeure à la belle
saison. Aussi, il n'était pas rare de rencontrer des familles où, pendant l'été, il ne
restait que des vieillards, des femmes et des jeunes enfants. C'était à ces personnes
qu'étaient confiés les pénibles travaux des champs. Les femmes labouraient, fauchaient
les prés, semaient les grains, pendant que les enfants s'occupaient de la garde du
bétail.
Les migrants revenaient entre la mi-novembre et la mi-décembre parfois tous les 2 ans
voire tous les 4 à 5 ans : c'était en fonction de leurs économies ou de la chance
à trouver un chantier même l'hiver. Toute la maisonnée attendait avec
impatience le retour du maçon et de ses économies, car celles-ci servaient à faire
vivre la famille, à rembourser les dettes et acheter de nouvelles parcelles de terrain
pour agrandir la propriété familiale.
Le nombre des migrants fut considérable, les statistiques les plus récentes annoncent un
chiffre de 45 000 pour le département de la Creuse. |


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