LA TAPISSERIE MARCHOISE

Quelques notions d'histoire...

La tapisserie marchoise comprend principalement les ateliers d'Aubusson et de Felletin. Elle compte presque six siècles d'histoire. Elle est le seul centre de production de tapisserie resté en activité depuis aussi longtemps, malgré les périodes de crise.

Les plus anciennes mentions de tapissiers remontent au XVème siècle (en 1457 Jacques Bonnyn est cité "cubertier -marchand de couvertures- et tapissier).

Plusieurs évènements concourent au développement et au rayonnement de la tapisserie marchoise
      En 1601 interdiction par Henri IV de l'entrée en France de tapisseries étrangères
      En (1665 pour Aubusson - 1689 Felletin) Colbert octroie aux ateliers de la Marche le titre prestigieux
           de "Manufacture royale", tout en conservant à chacun le statut d'ateliers privés et indépendants.

La révocation de l'Édit de Nantes (1685) porte un coup rude à la tapisserie, avec l'émigration de lissiers aubussonnais protestants en Allemagne ou en Suisse.

L'État s'intéresse à nouveau aux ateliers marchois, et envoie, consécutivement aux règlements de 1730, des cartons de tapisserie, un teinturier, puis un peintre.
Au cours du XVIIIème siècle, le goût du confort favorise la mode du tapis. Louis XIV ayant fondé au siècle dernier la manufacture de la Savonnerie (dans une ancienne fabrique de savons...) pour créer des tapis veloutés.
En 1743, début de la fabrication des tapis veloutés à Aubusson sur métier de haute lisse (uniquement exécuté par des femmes).
Vers 1780, début de la fabrication de tapis ras selon la technique de la tapisserie.
En 1789, nouveau coup d'arrêt de la fabrication avec la Révolution.
La généralisation du papier peint devient une concurrence sévère pour les métiers.

Au XIXème siècle la production se caractérise par la réalisation d'ensembles richement ornés destinés à la décoration intérieure. Les tapis (ras et veloutés) sont souvent assortis de mobilier garni en tapisserie, de portières, de lambrequins, répondant ainsi aux nombreuses commandes privées et publiques.
Principales manufactures ayant participé à cet essor : Braquenié, Hamot, Sallandrouze...

A la fin du XIXème siècle et début du XXème siècle : Aubusson est une ville prospère (1500 à 2000 personnes travaillent dans les ateliers) : mais la création fait souvent défaut.
Dès l'entre-deux-guerres, des peintres cartonniers comme Marius Martin et Elie Maingonnat se prononcent pour un retour aux sources.
Cette renaissance se produit grâce à la rencontre de Jean Lurçat et de François Tabard, jeune directeur d'atelier. Lurçat en 1939, avec Gromaire et Dubreuil, réalise pour les ateliers d'Aubusson Les 4 saisons, offrant déjà son bestiaire, ses soleils et sa vision de l'homme.
Lurçat entraîne dans son sillage des artistes aux talents aussi divers que ceux de J. Picart-le-Doux, M. Saint-Saëns, J. Lagrange, Dom Robert, R. Wogensky, L. M. Jullien, M. Matégot, M. Tourlière, M. Prassinos... ; un jeune peintre venu à la tapisserie, Pierre Baudoin, établit la liaison entre les lissiers et des artistes aussi importants que le graveur Adam, Braque, Picasso, Le Corbusier...

L'avenir de la tapisserie à Aubusson et Felletin est maintenant lié aux jeunes talents capables de trouver un mode d'expression actuel à ce "trésor vivant" que sont les traditions des lissiers. Actuellement, des artistes contemporains font réaliser des tissages dans les ateliers d'Aubusson-Felletin. L'État et le département de la Creuse soutiennent ces initiatives.

 

 

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