EXPOSITION : évènements

 

Le musée départemental de la tapisserie présente à partir du 6 octobre 2000 jusqu’au 1er avril 2001 une sélection d’œuvres appartenant à son fonds permanent. Elles sont représentatives de la production des ateliers d’AUBUSSON et de FELLETIN qui travaillent, sans discontinuer depuis le XVIIème  siècle, pour une clientèle privée.

Les salles d’exposition sont précédées d’une galerie où sont évoqués, tout d’abord, les différents processus de création d’une tapisserie (le projet au format réduit est dénommé maquette, le modèle à grandeur d’exécution est appelé carton), avant sa réalisation sur métier de basse-lisse, selon la tradition à Aubusson et Felletin. Puis, le visiteur est plongé dans l’univers d’un atelier : évocation d’un magasin de laines, d’un atelier de basse-lisse et de haute-lisse, les teintures utilisées.. A destination du jeune public, une série de boites "  à malices " contenant des échantillons textiles sont disposées pour éveiller leur sens tactile.

Salle 1 : Le texte et l’image au XVIIème siècle
Illustrations
 

   Armide devant Godefroy de Bouillon 

Judith se rend auprès d’Holopherne

 

Moïse et Aaron devant Pharaon 

 

Au cours de cette période, la tapisserie est avant tout narrative. Elle s’inspire des grands textes qu’elle transpose en images, par l’intermédiaire des gravures. Ces textes, dont on connaît souvent des passages, sont la Bible, la mythologie gréco-romaine, les vies de Saints, et des romans dont les éditions illustrées se multiplient. La Jérusalem délivrée, roman écrit par Le Tasse entre 1575 et 1581, illustré par Antonio Tempesta puis François Chauveau, dont la lecture eut un vif succès, fut mise sur métier de nombreuses fois dans les ateliers d’Aubusson ; deux épisodes illustrent quelques uns des héros de cette tenture : Armide la magicienne, Pierre l’Ermite au Conseil des barons. L’Histoire de Judith figure parmi les épisodes bibliques les plus couramment tissés dans la Marche ; nous avons juxtaposé deux pièces qui se suivent dans le récit, mais n’appartiennent pas à la même tenture. La différence de traitement des couleurs de chacune amène une réflexion sur la datation, l’origine de la commande.. Un autre épisode de l’Ancien Testament, Moïse et Aaron devant Pharaon évoque la composition du tableau de Poussin reproduit aux Gobelins, mais en diffère cependant.

Dans le passage, une verdure rappelle l’importance de ce type de réalisations tissées au XVIIème siècle tant par les ateliers flamands que marchois. La composition est classique : un paysage verdoyant rehaussé d’une lumière qui vient auréoler les frondaisons.

 

Salle 2 : Histoire et Exotisme dans le décor au XVIIIème siècle

Illustrations :

   

Saint-Bernard (détail)

La main chaude 

 

La verdure traditionnelle du XVIIème a évolué au siècle suivant vers une composition caractéristique du goût pour les " chinoiseries " apparu au XVIIIème dans les arts et dans la mode. Les verdures exotiques en tapisserie sont nombreuses, très reconnaissables aux motifs qui les composent (bâtiments, faune et flore). La Verdure à la pagode et au carquois, offre une vision de rêve, un dépaysement total. La verdure sert aussi d’écrin pour faire figurer des personnages ; La Main chaude, par exemple, associe décor champêtre et vie pastorale en mettant en scène des bergers dans leurs activités quotidiennes de travail et de loisirs. Le cadre champêtre est également conservé dans les Scènes pastorales (L’Enchanteur et Un couple devisant) d’après Watteau, qui dépeint les plaisirs d’une société raffinée. Toutes ces scènes champêtres très prisées du public côtoient dans les ateliers les grandes fresques littéraires, religieuses ou historiques toujours en honneur. La tapisserie monumentale, mise en dépôt par le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, mérite une attention toute particulière. Datée (1748), signée (M[anufacture] R[oyale] DAUBUSSON F. PICON, M. VALLENET), 

 

longtemps associée à deux autres pièces de la tenture de la Vie de saint-Bernard conservée au musée de Budapest, elle intrigue autant par ses anachronismes que par sa composition, les procédés de création et les circonstances de sa réalisation. Pour la découvrir et décrypter ses mystères, une visite sur place s’impose.

Dans le passage, une portière Napoléon III évoque la production du dernier tiers du XIXème siècle. La tapisserie est alors au service du décor intérieur : tapis, fauteuils, canapés, écrans de cheminée, portières et cantonnières..

 

Salle 3 : Autour de Jean Lurçat

Illustrations : 

 

La Fée des bois (Antoine Jorrand) 

Le Temps (Lurçat)

 Les Fougères (Maingonnat) 

La tapisserie doit cesser d’être un art d’imitation, une " peinture en laine " : ce sont ces points de vue que des artistes comme Antoine Jorrand (La Fée des bois), Paul Deltombe, Marius Martin vont faire connaître dès le début du siècle dans des articles et au cours de conférences. La " rénovation de la tapisserie " était en marche.. A la suite d’une rencontre entre Elie Maingonnat (Les Fougères, L’Automne), François Tabard, le jeune et dynamique directeur d’atelier, et Jean Lurçat (Cotonou noir et Le Temps), une fructueuse collaboration commence. Afin de redonner à la tapisserie ses qualités murales, plusieurs moyens techniques sont mis en oeuvre : l’écriture d’un carton numéroté (à chaque nuance est attribué un numéro qui sera reporté sur le carton), la limitation du nombre des couleurs, et un tissage plus gros. Un certain nombre d’artistes vont être tentés par l’aventure (Mathieu Matégot Portofino, Dom Robert Laudes, et salle 4 : Michel Tourlière, Jacques Lagrange), encouragés par Jean Lurçat qui jouera un véritable rôle d’ambassadeur dans le monde entier.

 

Salle 4 : La couleur

Illustrations : 

Regards de paon (Michel Tourlière)

 

Cette salle réunit des tapisseries illustrant, au-delà de leurs thèmes propres, l’approche de la couleur au XXème siècle. Avec les Regards de paon de Michel Tourlière, toutes les couleurs semblent réunies, sauf peut-être le blanc et le noir, auxquels on a toujours préféré jusque-là , des tons foncés de vert, brun ou bleu. Lagrange (Combat anachronique) renoue avec le vermillon oublié aux siècles modernes, au profit des verts, grèges, et bleus mêlés en des nuances infinies. Avec l’abstraction et la géométrie viennent les masses unies, parfois soulignées ou surlignées, parsemées de traces (Les dés sont jetés de Le Corbusier, GR N°2 de Bertrand Dorny, Orgues solaires de Thomas Gleb). La rencontre du noir et blanc, en couleurs pures (Franchise nocturne d’Emile Gilioli), leur introduction même dans la laine des tissages, datent de notre siècle.

Les signatures des ateliers rendent compte de la diversité de ceux-ci à Aubusson et Felletin.

 

destra.gif (285 octets) ACCUEIL       Kiosque