Les jeux de Jules Marouzeau :

"Toute la nature m'était jeux... je les pratiquais à mesure que me les offrais le cours des saisons"

Il jouait avec son chien Capi : "si je lui tirais les oreilles ou la queue, si je le roulais par terre de mes deux mains taquines, il avait une façon de lever les yeux vers les grandes personnes, comme pour les prendre à témoin de sa patience".

Il martyrisait les insectes "le cornard ou cerf-volant, qu'on attelle à un joug minuscule, la mouche qu'on noie dans l'eau de savon pour la ressusciter sous une pincée de sel ; la chenille qu'on emprisonne pour qu'elle fasse son cocon ; la coccinelle ... qui ouvre ses élytres peintes au commandement de "Pigeon vole !", le bousier "vernissé, qui, renversé sur le dos, suinte un liquide rouge si on chante, en lui crachant entre les pattes : Bêt' de Saint-Jean, Donn'-moi d' ton sang rouge, T'en auras du mien blanc ! "

L'hiver il s'amusait dans la cheminée à faire tourner la chaînette de la poêle comme une "corde à sauter en frappant à chaque tour (drr-drr) contre le bois. Il jouait avec les pincettes "prendre un tison rougi du bout et de lui faire dessiner des ronds, des huit et des volutes...".

 

"Avec Lucien nous faisions des moulins à sable dans les joints du muret de la place ; ensemble nous creusions des "boins", cachettes où l'on met les pommes volées ; ensemble nous creusions des fours dans les talus pour y cuire des gâteaux de glaise."

"Nous allions, au printemps, chercher les nids de pie.... il fallait là-haut, tout le corps tendu contre la branche de cime, trouver dans la paroi épineuse l'ouverture étroite, y passer la main en s'égratignant jusqu'au sang, explorer le fond de ce qu'on appelait "le petit nid", couche intérieure de boue et de mousse où reposent les oeufs, puis ... redescendre en tenant dans la bouche les frêles oeufs gris. S'il y avait des petits, on les jetait du haut de l'arbre et on les emportait le lendemain à l'instituteur qui nous donnait un sou par tête d'oiseau".

"Nous pêchions au ruisseau qui passe au bas du village ; nous prenions "au panier" les loches, petit poisson barbu qui se tapit sur les fonds de vase".

Avec sa cousine il jouait à l'épicerie : "la poussière était du poivre et le sable du sel" ; il fabriquait "cornets et balances"... A Pâques quand elle venait... il faisait "cuire sur le plat"des œufs de pie, avec la dînette de poupée de sa soeur.

Il jouait au lièvre "faire la yèbre". ce jeu de main consiste à chatouiller le creux de la paume de la main droite en psalmodiant : "La yèbre o passa par tchi..."

Avec Lucien nous creusions des raves pur en faire des masques-épouvantails...

Je jouais à lancer des pierres avec la fronde par-dessus le clocher. C'était défendu ; mais pourquoi fallut-il qu'un jour le Bon Dieu assignât pour point de chute à mon projectile tout juste le vase de faïence qui ornait un pilier au jardin du presbytère !

 

Avec les nièces du curé, Luce et Lucie il a appris à jouer au loto et à cache cache...

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