Les études de Jules Marouzeau :
Il fait ses études primaires à l'école du village.
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Tout d'abord en cachette, dans la maison de sa grand-mère, mitoyenne de la leur, n'ayant pas l'âge légal se "faufilant parmi les brouhaha des sabots", le maître "faisant semblant" de ne pas le voir "tapi au fond de la salle entre deux grands". Puis dans la classe des petits, "au premier étage, d'une masure branlante, au fond de la cour de notre maison. Comment y appris-je à lire, écrire et compter ? Aucun de nous a-t-il gardé le souvenir de ces apprentissages miraculeux ? Ce que je me rappelle, c'est l'arrivée à l'école, les matins d'hiver, chacun secouant sur le seuil la neige de ses sabots, et apportant soit un sou pour le chauffage, soit une bûche de bois qu'on allait déposer près du poêle ; je me rappelle le jeu de nos récréations..., je revois à la fin de la journée, le défilé des punis, qui venaient présenter les bouts des cinq doigts, réunis en faisceau, au coup de règle du maître, appliqué d'ordinaire par la tranche, mais dans les cas graves par l'arête...". |
A la classe des grands, j'eus une ambition qui demeura toujours insatisfaite : c'était d'écrire aussi bien que mon voisin de droite qui s'appelait Gourlaud, dit "Belle-oreille" ; Dieu ! quelles pages de ronde et de bâtarde il pouvait faire, tirant la langue et clignant ses yeux bigles ! De ses deux instituteurs, celui qui lui a laissé "le souvenir d'un bon maître, c'est celui des mauvaises notes !" Le dernier événement et le couronnement de sa vie d'écolier fut "l'inauguration de la nouvelle école, bâtie en bordure du "communal". Le préfet vint ; étant le premier de la classe j'avais été chargé d'apprendre par cur un compliment de circonstance. Hélas ! ... à cause du trac il ne put se souvenir que du début, pourtant le préfet "gentil et catastrophique" lui dit en le soulevant par les épaules et en "l'embrassant sur les deux joues : "Très bien, mon enfant ! c'est très bien comme çà". |
Il devient pensionnaire au lycée de garçons de GUÉRET à l'âge de dix ans en 1889
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"L'oncle de Paris enrichi dans le "Vin Bravais" s'offrit à payer ma première année de pension." "Me voici le jour de la rentrée... tout à coup abandonné dans la cour des petits, ahuri des événements de la journée..., Ignoré ou bousculé par des hordes de gosses débrouillards... je me sentais gauche dans ma blouse noire que ma mère m'avait faite à la veillée et qui n'avait pas de poches comme celles des autres achetées au marchand ; mes socques ferrées sonnaient trop sur les marches ; mon chapeau des dimanches était dépaysé parmi bérets et casquettes..." |
"En peu de jours, j'eus fait le tour de ma misère : avoir sa vie réglée sans intervalles, vivre sous l'il d'un surveillant qui est votre ennemi... "On quittait le dortoir,où l'eau gelait dans les lavabos, pour descendre à l'étude où l'encre gelait dans les écritoires... et après trois quarts d'heure de travail avant-jour, on recevait au réfectoire pour le premier déjeuner un morceau de pain sec avec cinq cerises confites nageant dans un jus rose." |
"N'être jamais seul, même au triste réduit des cabinets, car la porte est à claire-voie" et les délurés viennent vous y relancer...
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"J'ai été malade parfois...je n'en laissais rien paraître, ne sachant pas comment faire pour m'inscrire à l'infirmerie et n'osant rien demander, redoutant d'affronter ces puissances : le garçon, l'infirmière, le docteur, et du reste ne voulant pas manquer une classe ou un devoir".
"Mes camarades étaient pour la plupart ce que j'aurais appelé des "riches". Ils achetaient des gâteaux à la concierge au lieu de manger leur pain de quatre heures ; quelques-uns avaient une bicyclette (c'étaient les toutes premières, à caoutchouc pleins) ; d'autres racontaient leurs jeux de vacances, carabine, crocket, parties de plaisir avec des amis... Fils de médecins, de notaires, de contrôleurs des contributions indirectes... Qu'aurais-je pu dire de mon pauvre papa qui avait servi les maçons, et de ma mère qui "faisait les noces" ?
" Le dépaysement s'aggravait des matières enseignées : quoi ! j'avais quitté mes vaches et mon Lucien pour apprendre que le Nil a fait l'Egypte.."
Pour ne pas faire de peine à ses parents il leur écrivait, conscient qu'ils avaient déjà tant fait pour lui : "J'ai tout ce qu'il me faut, je ne m'ennuie pas du tout". Il était content de retrouver son village "aux grandes vacances je retournais garder les vaches, et ... jeune homme, je m'enfermais dans ma chambre pour préparer les examens et concours dont dépendait mon avenir..".
Le "bachot" en poche, il monte à Paris au Lycée Lakanal |
Entre 1901 et 1907, il fait des études classiques à la Faculté des lettres de Paris. En 1904, il est reçu second à l'agrégation des lettres. En 1906, il est diplômé de l'Ecole des Hautes Etudes. En 1910, il devient Docteur és Lettres. |