La famille de Jules Marouzeau :
"J'appartenais à l'aristocratie du village : nous avions, il est vrai, terres et prés comme les autres, quatre vaches et des cochons ; mais mon père vendait le vin "en gros", "tenait auberge", et ma mère (la Lorine) avait une boutique avec ce qu'on appelle "un commerce": "c'est à dire qu'elle vendait épicerie, tissus, poterie, mercerie, quincaillerie, papeterie, un vrai Bon Marché en miniature.
Mon père portait un paletot avec des boutons de métal et ma mère un bonnet à brides ; mon père avait un permis de chasse, et ma mère un banc à l'église".
"Nous étions pourtant parmi les plus pauvres : ma mère se ruinait à son multiple et misérable commerce ; mon père trop fier pour flatter le client l'éloignait de l'auberge. Et il fallait "tenir son rang". Et il y avait sept enfants à élever".
A vingt ans son père, "au printemps",avait comme le dit la chanson quitté le pays, pour s'en aller à la belle saison à Paris "servir les maçons".
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Voyez le Panthéon, Voyez les Tuileries Le L'ouvre et l'Odéon, Le Palais de l'Industrie De tous ces monuments La France est orgueilleuse Elle en doit l'agrément Aux maçons de la Creuse. (un des couplets de la chanson "Les maçons de la Creuse") |
Sa grand-mère, qui avait épousé l'instituteur, s'appelait "la Miette". Elle était "la plus paysanne de nous tous"... "Elle représentait la morale du "ne pas"... elle avait une formule à elle pour marquer sa réprobation : "Ni te..! " suivi du verbe qui exprimait la chose à ne pas faire, et les défendus sonnaient à mes oreilles, à moi pourtant si bien élevé : "Ni te crie ! Ni te saute ! Ni te cogne ! ".
"Chaque année, ma grand-mère allait passer quelques semaines d'hiver à Paris, chez son fils" (le séminariste devenu pharmacien), dans un bel appartement de la rue de Châteaudun. Elle quittait alors sa coiffe à brides, mettait sa "capote" à rubans de velours, et partait avec une malle bombée en forme de cercueil". Coiffures des dames de l'époque : coiffe et chapeau de paille creusois => |
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Jules Marouzeau a eu le français pour langue maternelle, ce qui était très rare à l'époque. Son père "méprisait le patois", et sa mère "ne le parlait qu'avec les clients".
Jules a grandi dans une famille laborieuse, où planait le souvenir de deux frères décédés. Sa famille il la décrit comme "sentimentale : curs bons, mais inexprimés". "Les choses dont on parlait chez nous, c'était le lever et le coucher, le temps qu'il faisait... le travail courant, les clients et les voisins, les mariages et les enterrements...". "Ce dont on ne parlait pas, c'étaient les grandes choses humaines, la vie, la pensée et le sentiment... les deux grands "tabous c'étaient l'amour et la mort".
Le chien de la maison s'appelait Capi : "il se tenait l'hiver au coin de la cheminée, roulé en boule pour ne pas prendre trop de place au humains, l'été, couché en sphinx sur la marche brûlante du seuil".
La vie au village consistait "à suivre le cours des saisons". "Une fois par an, aux vacances, les grands frères et moi nous allions voir les cousins de Pralong".
Lucien "le huitième enfant du scieur de long" était le "servant" et l'ami de jeu de Jules Marouzeau.
Il enseignait "les choses de la campagne" à sa cousine (fille de sa tante institutrice) et qui "était de la ville". En revanche elle l'initiait "à celles du chef lieu de canton".