La religion au temps de Jules Marouzeau...

 

Ses rites ponctuaient la vie de tous les jours

Dans la maison,un crucifix avec un brin de buis béni se trouvaient sur la planche de la cheminée."

Je fus enfant de chœur... je portai un surplis rouge et blanc."

"J'allais dans les taillis cueillir des feuilles de houx, que les nièces et moi nous enfilions en guirlandes pour la fête patronale". "Elles m'apprenaient des cantiques... Elles me donnèrent le portrait de mon saint, avec son nom en latin, que je piquais à la tête de mon lit".

Le soir avec Luce et Lucie..."devant l'autel, nous posions nos genoux sur la marche de pierre, et les deux petites récitaient la prière, qu'elles savaient longue avec des variations et des suppléments, tout un luxe incroyable et nouveau pour moi d'actes de foi et d'espérance et de charité et de contrition, avec des énumérations de félicités et de misères et de péchés à émerveiller ma petite âme villageoise".

A l'église chacun avait sa place et ses attributions

"Notre banc à nous était empli par ma corpulente grand'mère, qui faisait des signes de croix compliqués, au moment de l'évangile, avec des touches supplémentaires sur ses lèvres et sur son large sein.

"Ma mère bien entendu, n'avait pas le temps de venir aux messes chantées ; elle nous avait précédés à la messe basse de six heures, quand la maison dormait encore".

"Mon frère avait pour attribution de sonner la cloche : les jours de grand branle..."

"La messe de dix heures se chantait. Dieu ce qu'il pouvait faire froid, les dimanches d'hiver, dans la haute tribune, sous le clocher aux ardoises disjointes, pendant le Gloria et le Credo plus long encore! J'avais la piété d'un petit chrétien bien élevé".

"Pour chanter la messe, il y avait, outre M. le Curé, qui entonnait, à gauche la dame de l'épicerie avec ses filles, voix angéliques ; à droite M. Chabot, le vieux du château, coiffé de son bonnet de soie noire, sourd comme un pot".

 

"Notre église avait ses grands jours..."

"La fête de l'Ascension était la plus plaisante... Les soirs du "mois de Marie"... Imposante était la messe des Rameaux où les femmes des villages venaient faire bénir des "hosanniers", rameaux de buis réunis en bouquets par des éclisses de ronces. Une sombre fête était celle du Jeudi-Saint. Avant de congédier les cloches pour trois jours, on les sonnait toute la nuit... Plus romantique était le chemin de croix : dans l'église sombre, un groupe de fidèles se serrait autour du curé, vaguement éclairé d'un cierge que je tenais incliné sur son missel.."

A la fête-Dieu, "c'était merveille de voir la procession descendre de là-haut les vingt-huit marches" de l'escalier de granit, "dans le martèlement des sabots de bois, pour s'étirer dans la rue jonchée de pétales roses jusqu'au reposoir élevé par les notables du village".

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