La situation apès la répression
La Courtine le 28 septembre 1917
Le Commissaire spécial de police de La Courtine
à
Monsieur leSous-Préfet à Aubusson
J'ai l'honneur de vous donner ci-après les renseignements demandés dans le
questionnaire du 26 septembre courrant par Monsieur le Préfet
- Il y a actuellement au Camp de la Courtine 7500 soldats russes répartis en 20
compagnies
- Sans être considérés tout à fait comme prisonniers, ces troupes ne jouissent pour
l'instant d'aucune liberté.
- A part quelques corvées de nettoyage du camp de chargements de wagons et autres, ils
restent inoccupés.
- Le camp est consigné toute la journée. Il n' y a guère que quelques hommes qui ont le
droit de sortir tels que infirmiers, employés à l'intendance, boulangers, ordonnances,
etc... Ces hommes du reste ne font pas partie des mutins.
- Jusqu'à présent la consigne leur interdisant toute sortie du camp rigoureusement
observée et aucun d'entre eux ne cherche à la forcer.
- Les comités n'existent plus, du moins officiellement. Dès leur retour au camp et
après leur affectation dans les compagnies tous les gradés ont été cassés et ce sont
les commandants de Compagnie qui en ont nommés d'autres parmis les éléments plus calmes
- Une compagnie sur deux est commandée par un officier français connaissant le russe.
Les autres ont été confiées à des officiers russes. Les Bataillons sont commandés par
des russes. Le chef de corps est le Colonel Kotowich venu récemment de Russie à cet
effet, il aura des adjoints de tous grades.
- Il n'y a que des sous-officiers interprètes employés à divers services. Ils n'ont
guère le temps ni le loisir de surveiller l'état d'esprit existant.
- Une nouvelle mutinerie n'est pas à craindre du moins pour quelque temps. Si une
effervescense se produisait dans les esprits le Commandement en serait prévenu par des
éléments redevenus fidèles ou qui plus modérés ne désirent pas voir se reproduire
les mesures de répression passées.
- Aucune lettre ne leur est déposée depuis longtemps déjà. Je ne sais si lorsqu'il
sera décidé de leur remettre leur correspondance des mesures seront prises pour la
contrôler.
- Ils sont gardés par des français 1000 hommes environs des 57° 165° d'Infanterie,
16° et 9° chasseurs à pied, un peloton de chasseurs à cheval. Ces troupes sont
disposées en petits postes tout le tour et même à l'intérieur du camp.
- En ce qui concerne l'état d'esprit des troupes russes, il serait difficile d'apprécier
exactement leurs idées et leurs desseins. Il est un fait certain c'est que ces gens n'ont
pu changer d'opinion du jour au lendemain et que les mesures prises contre eux les a plus
tôt exaspérés. Le cours ultérieur de leurs actes dépendra surtout des évènements de
Russie et de la façon dont leurs officiers sauront s'y prendre. Une discipline de fer
s'impose, mais impossible de pouvoir affirmer que leurs officiers auront le caractère
pour cela, ils recommencent à nouer.
L'état d'esprit des troupes françaises est bon. Quant à la population civile,
l'esprit est bon également, néanmoins on voudrait franchement voir partir les russes, on
les redoute à cause du grand nombre qu'ils sont du mécontentement qu'ils éprouvent des
restrictions qui leur sont imposées. Et on craint que les troupes françaises soient trop
peu nombreuses pour les contenirs, s'il se produisait une nouvelle mutinerie, c'est peut
être une crainte mal placée.
En résumé, j'estime que les mesures prises sont énergiques, que bien appliquées
comme on le fait, elles finiront par être efficaces et que les mutins se rendront a la
raison dans l'espoir d'avoir plus de liberté.
Ci joint une copie de la consigne concernant le camp de La Courtine
Le Commissaire spécial
Source : Archives départementales de la Creuse.
Réalisation : APTlC - Lycée R Loewy. LA SOUTERRAINE.- 23300 FRANCE