Israël Liechtsenstein, un enfant au Masgelier
"Mon père a été déporté..."
| "Mon père a été déporté du camp de Beaune-la-Rolande, dans le
Loiret (le 27 juin 1942), où il se trouvait depuis le 14 mai 1941, jour où il s'est
présenté au commissariat de police ayant reçu sa convocation (respect de la
loi !). Il est mort à Auschwitz en septembre 1942 selon le témoignage dun ami
revenu. Jétais à ce moment à Paris, depuis le mois de mars 1942, venant du
Masgelier, et c'est moi qui ai découvert les lettres cachées de mon père dans les
vêtements et objets qu'il nous renvoyait.[Ces lettres étaient écrites en polonais.
Israël a mis quarante années avant de les faire traduire et de les déposer au CDJC]. " Je suis arrivé au Masgelier fin 1939 ou début 1940, venant d'une autre maison d'enfants, Montmorency, puis d'Enghien les Bains, où j'étais depuis septembre 1939 ; mon père, Polonais en France depuis 1930, s'était engagé dès septembre 1939 dans la Légion Etrangère ainsi que ses deux frères (l'un mort en février 1940, lors de la bataille de l'Aisne, l'autre mort en déportation). Ma mère devant travailler, j'ai continué les "grandes vacances " dans cette maison d'enfants de Montmorency, où j'étais, je crois, le seul français, les autres enfants venant d'Allemagne ou d'Autriche. |
| "En mars 1942, j'ai quitté le Masgelier pour revoir ma mère à Paris. J'ai donc traversé la ligne de démarcation à Vierzon dans un sens inhabituel, du sud au Nord, en prenant le train à La Souterraine, caché dans un fourgon postal, plein de colis alimentaires. Je suis donc venu à La Souterraine deux fois dans ma vie, en 1942 pour revoir ma mère et en 1999, pour revoir mon instituteur M. Grandpey.
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| Je suis retourné au Masgelier en août 1942 et j'y suis
resté jusqu'en juin 1943. Ma mère ayant été libérée du camp de Gurs en mai ou juin 1943 j'ai quitté le Masgelier pour la rejoindre dans un petit village du Gers, Pujaudran, qui était en fait une zone d'assignation à résidence pour les juifs de la région. Je n'ai appris ce fait qu'après la guerre. A Pujaudran je suis allé à l'école du village, (deux classes en tout) puis au cours complémentaire de l'Isle Jourdain. Revenu à Paris en janvier 1945, pour trouver un appartement vidé de son contenu, et attendre un père qui n'est pas revenu, j'ai été admis au Collège, j'y ai terminé mes études secondaires. Puis j'ai entrepris mes études de médecine, tout en travaillant dans l'atelier de tricotage de ma mère, boursier de l'Etat et moniteur infirmier dans des colonies de vacances. Après trois ou quatre ans d'installation à Paris j'ai décidé d'aller vivre en Israël en 1963 que je n'ai plus quitté depuis. " |
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Lettres du Masgelier d'Israël à sa mère
Elles témoignent de la vie quotidienne dans la maison, de la détresse des enfants mais aussi de profond amour d'Israël envers sa mère
Le Masgelier, le février 1943 Ma tendre Mère, J'ai bien reçu tes cartes du 2 et du 26 qui m'ont fait tendrement plaisir. Tu me demandes que je t'écrive ma vie, et bien voici ce que l'on fait chaque semaine. Lundi : réveil 7 h, gymnastique 7 h 05 min à 7 h 10 min. Nettoyage 7 h 10 min à 7 h 30 min. Petit déjeuner 8 h à 8 h 30 min. Classe de 9 h à 12 h. Déjeuner 12 h à 12 h 30 min. Classe de 1 h 30 mn à 4h. Goûter 4 h 30 min. Devoirs ou libertés de 4 h 30 min à 6 h 30 min. Dîner 6 h 30 min à 7 h 15 min. Sommeil 9 h. Le mardi et le mercredi, c'est pareil ainsi que vendredi et samedi. Jeudi: réveil 7 h 30 min. Nettoyage 7 h 30 min à 8 h. Petit déjeuner 8 h 30 min à 9 h. Travaux divers de 9 h à 10 h 30 min. Cours de jardinage 1 h à 12 h. Déjeuner 12 h à 12 h 30 min. Promenade ou gymnastique 3 h à 4 h 30 min. Goûter 4 h 30 min à 5 h. Bains 5 h à 6 h 30 min. Dîner 6 h 30 min à 7 h 15. Sommeil 9 h. Le dimanche c'est pareil. Voici comment ma vie se passe. |
Chère Mère et tante, J'étais en train de jouer aux échecs avec un de mes camarades, Marcel rentre en trombe et m'appelle "Zizi ! Zizi ! J'ai reçu un coup de téléphone de nos mères, elles viennent d'arriver chez grand-père ". En apprenant cela, j'étais tellement heureux que je ne voulu plus jouer. Maintenant que vous êtes chez grand-père, dites moi ce qui lui est arrivé, car je soupçonne quelque chose, car il y aura bientôt 3 semaines que nous n'avons de ses nouvelles. Il y a pas longtemps, nous avons commencé les préparatifs du certificat et du diplôme, mon maître veut que je sois le premier du canton. Comment allez-vous ? Et ton pied ? Car ce n'est que maintenant que je me rappelle que tu avais une sorte d'abcès sur la jambe. Quand vas-tu venir ? Car je voudrais te revoir ainsi que tante. On s'amuse bien ici. As-tu fais la demande pour le violon ? Car j'y tiens à mon petit violon, je tiens plus au piano mais comme on ne peut l'avoir, je voudrais le violon. Réponds-moi vite, j'aurais préféré que ce soit ta bouche même et non par ta lettre. Ne sachant plus quoi t'écrire, je termine en t'embrassant de tout mon cur et en espérant ta visite prochaine et notre réunion de papa, de toi, de notre cher Maurice que malheureusement on ne reverra jamais plus.
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