Colloque
Enfances juives en Limousin
1940-1960
Château-Chervix/Limoges, Haute-Vienne, France
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R5 - Groupe d'Étude et de Recherche sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en R5 Corrèze, Creuse, Haute-Vienne, Dordogne, Charente, Vienne, Indre, Cher, Indre et Loire, Loir-et-Cher |
Œuvre de Secours à l'Enfance Paris, France |
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Avec le soutien du Conseil régional du Limousin, du Conseil général de la Haute-Vienne, de la Ville de Limoges, de la commune de Château-Chervix, de l’Office départemental des anciens combattants, du Rectorat de l’Académie de Limoges - M.A.E.C, de la Faculté de droit de Limoges, du Centre de Documentation Juive Contemporaine, de l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (Régionale de Limoges), de l’Association France- Israël, de la Communauté juive de Limoges, du site internet Bonjour les enfants (La Souterraine) http://www.educreuse23.ac-limoges.fr/ loewy/realisations/enfants/
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Responsables Pascal Plas, docteur en histoire, Correspondant de l'Institut d'Histoire du Temps présent (Paris), Service éducatif du Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), Katy Hazan, O.S.E. Paris Michel C. Kiener, Professeur agrégé d'histoire, Limoges. Pour toute information : Colloque Enfances juives Mairie, Le Bourg - 87380 Château-Chervix - France Tél : depuis l’étranger 0033 555…/05 55 00 80 45 mairie.chateau-chervix@wanadoo.fr et : Pascal Plas : aphglim@inext.fr Michel C. Kiener : mc.kiener@chello.fr Katy Hazan : k.hazan@ose-france.org Inscriptions Odile Pommier, 74 avenue de Naugeat F - 87000 - Limoges |
| L'objet du colloque |
Au cours des quinze dernières années, études et témoignages ont apporté des informations essentielles sur la répression et ses mécanismes, sur la Shoah et les conditions de vie des Juifs, français ou étrangers, en France pendant la guerre. Concernant les enfants, de très nombreuses publications ont déjà fait la lumière sur les camps tels que celui de Beaune-la-Rolande, sur l'œuvre accomplie par l'O.S.E. pendant et après la guerre, et sur les " enfants cachés ". Le présent colloque s'attachera à faire un bilan des connaissances à l'échelle d'une région concernant - les maisons, colonies et points d'accueil pour enfants juifs, nombreux en région Limousin (Creuse, Haute-Vienne, Corrèze), - les mécanismes de la dispersion des enfants suite à la répression, - les conditions de vie (scolarisation, vie quotidienne) des enfants dispersés soit comme " enfants cachés " au sens strict, soit comme membres de familles de réfugiés, - et enfin la reprise d'une " vie juive " en Limousin après la Libération, tant dans les centres gérés par des œuvres, que de façon plus générale sur Limoges.
Ce colloque s'inscrit dans la continuité d'un travail amorcé depuis plusieurs années. En 1996, un premier travail de recherche a été effectué en R5 concernant la Creuse. Un colloque a réuni, les 29-30 mai 1996 à Guéret, historiens et témoins sur le thème du sauvetage des enfants juifs, concernant en particulier les maisons de l'O.S.E. de Chabannes et du Masgelier, mais également dans les écoles publiques (édité à Guéret, ARSVM, 193 p.). On peut noter aussi la récente publication du journal de Louis Aron. En 1999, Pascal Plas et Michel Taubman ont provoqué à Eymoutiers (Haute-Vienne) un colloque sur le thème : " Limousin terre de refuge et de persécutions " (actes sous presse ). Autres parutions récentes : Katy Hazan, Les Orphelins de la Shoah, Paris, Les Belles Lettres, 2000 ; Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne de 1939 à 1945, Périgueux, Editions Fanlac, 2003.
Universitaires, chercheurs de nature diverse, et témoins animeront ces rencontres.
Le colloque de Château-Chervix/Limoges 2004 sera centré sur les enfants, c'est-à-dire les garçons et les filles de moins de 18 ans, vivant sur les trois départements du Limousin au cours de l'Occupation. Le Limousin offre la double particularité d'être demeuré en zone non occupée jusqu'en novembre 1942, et d'avoir une forte tradition antifasciste. Territoire où, avant 1939, la présence juive était plus que discrète. Comme on sait, plusieurs maisons de l'O.S.E. furent implantées dans les départements de la Creuse (chef-lieu : Guéret) et de la Haute-Vienne (chef-lieu : Limoges), en raison de leur caractère rural et de leur situation. Parmi ces maisons : la très importante colonie de Montintin, par laquelle sont passés plus de 320 enfants, château situé à environ 40 kilomètres au Sud de Limoges, sur la commune de Château-Chervix.
| L'organisation des deux journées |
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Dimanche 17 octobre 2004 Salle des fêtes, Château-Chervix 30 km Sud de Limoges, sorties A20 n°40-41 |
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| 8 h 30 | Accueil |
| 9 h | Mots de bienvenue |
| 9 h 15 | Pascal PLAS, Dr en histoire, Corr. IHTP/ CNRS, R5 Présentation du colloque. Problématique des travaux |
| 9 h 30 | Katy HAZAN, Dr ès-Lettres, historienne L'OSE et le sauvetage des enfants |
| 10 h | Pascal PLAS, R5. Le Limousin terre de repli : les structures d'accueil pour les enfants |
| Débat et pause | |
| 11 h | Michel C. KIENER, agrégé d'histoire, R5. Vies de passage dans les maisons limousines de l'OSE |
| 11 h 30 | Hubert et Liliane LEBOUTET, R5. Une commune refuge : Solignac en Haute-Vienne Débat |
| Déjeuner sur place offert par la commune de Château-Chervix | |
| 14 h 30 | Michèle ALLALI, Dir. du service " Archives et Histoire " de l'OSE. Maisons d'enfants de l'OSE : histoires en images |
| 14 h 45 | Simon SCHWARZFUCHS, Professeur émérite de l'Université Bar Ilan, Ramat-Aviv. La vie juive à Limoges de 1939 à 1943 |
| Débat et pause | |
| 16 h | " Le dossier Montintin ", Table ronde animée par Pascal PLAS |
| 16 h 15 | Hanna PAPANEK, Professeur émérite d'anthropologie, Boston University. Center for European Studies, Harvard University. Quatre enfants de Montintin : mémoire et histoire, 1940-1942 |
| 16 h 45 | Michel C. KIENER, R5. L'immersion des homes de l'OSE dans le milieu local |
| 17 h 15 | Interventions d'historiens et de témoins |
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Lundi 18 octobre 2004 Faculté de droit, Limoges 5, rue Félix-Éboué, près de l'Hôtel de Ville |
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| 8 h 45 | Accueil |
| 9 h | Pascal PLAS, R5, Présentation de la journée |
| Approches comparées | |
| 9 h 15 | Gilbert BEAUBATIE, Président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze. La question des enfants juifs cachés en Corrèze |
| 9 h 45 | René CASTILLE, Président de l'Association pour la recherche et la sauvegarde de la vérité historique sur la Résistance en Creuse, R5. Les enfants cachés en Creuse |
| Débat et pause | |
| 10 h 30 | Bernard REVIRIEGO, Archives départementales de la Dordogne. Le cas de la Dordogne |
| 11 h | " Enfant juif en R5 pendant la guerre " Table ronde animée par P. PLAS et M.C. KIENER |
| Repas offert par la Ville de Limoges | |
| Vivre " l'après " | |
| 14 h | Katy HAZAN, OSE. Retrouver les enfants, leur donner un toit |
| 14 h 30 | Georges WElLL, Conservateur honoraire des bibliothèques. Deutsch, le pédagogue |
| Débat et pause | |
| Hommage à 3 femmes engagées | |
| 16 h | Pascal PLAS. Germaine Ribière Anne-Marie AMOROS. Pauline Gaudefroy Annie MARTIN. Suzanne Rodi-Boyer |
| 18 h | Inauguration officielle au CCM Jean-Gagnant de l'exposition réalisée grâce au soutien du Centre de Documentation Juive Contemporaine, " L'OSE, 90 ans d'histoire ". |
Cette rencontre scientifique est organisée par l'Association R5, en partenariat avec l'OSE. L'Association R5 organise régulièrement des colloques, qui donnent lieu à publications.
Dernière parution : Genèse et développement de la Résistance en R5, 1940-1943, Pascal PLAS dir., Actes des colloques de Brive et Soudaine-Lavinadière, en partenariat avec le Centre Edmond-Michelet. Brive, Ed. Les Monédières - Centre d'Etudes Edmond-Michelet, 2003, 342 p.
Le colloque donnera lieu à des Actes, qui seront publiés en 2005 : communications, nombreux témoignages, documentation inédite.
| Appel à témoignages, pistes de réflexion, questions |
Tous les témoignages sont les bienvenus, d'où qu'ils viennent, mais sans oublier que le centre d'intérêt du colloque demeure " les enfants ". Les témoins de la région qui ont pu connaître des familles ou des enfants juifs, ou qui pourraient apporter des informations sur l'état d'esprit de la population à leur égard, ne doivent pas hésiter à se manifester. On trouvera ici quelques indications permettant de mieux cerner les questions qui se posent.
- Les arrivées en Limousin. Par quels moyens précis, et dans quel contexte familial ? Les " trésors " apportés (photos, objets religieux, personnels) ?
- Les maisons (avec dates si possible), l'arrivée des enfants, l'encadrement, les autres enfants. Les contacts avec la famille. Les conditions matérielles de vie, la relation au Judaïsme et aux temps de l'année liturgique. Et, bien sûr, le cas particulier de Montintin.
- La gestion des maisons. Les activités proposées, l'emploi du temps. Les précautions, attitudes ou exercices prévus en cas d'irruption des forces de l'Ordre françaises ou allemandes (en 40, puis 42, puis 43, la guerre suivant son cours).
- Le ravitaillement, la viande kasher, les travaux. Liens avec " l'extérieur ", la population locale, le personnel limousin intervenant dans les maisons. Des promenades à l'extérieur ?
- L'activité des éclaireurs ou d'autres groupes de jeunes. La participation à l'accueil des fugitifs.
- Les conséquences de l'arrivée des Allemands en novembre 1942.
- La fin des maisons, la fuite, les itinéraires de fuite. Les étapes.
- Les dénonciations, la persécution, et les soutiens obtenus. Les persécutions, et la mécanique de la déportation, le cas échéant.
- Les enfants en famille, à Limoges, dans les villes et les villages. L'arrivée et l'installation. Les conditions concrètes de vie, l'alimentation (dont le lait), les maladies infantiles. Le voisinage et ses caractéristiques, les relations, l'antisémitisme ressenti, éventuellement, les aides reçues et les refus d'aide. - La scolarisation. Dans les écoles communales. Au lycée.
- Le statut : juif déclaré, ou simplement " alsacien " ? Cartes d'identité. Relations avec les autres enfants du quartier, du village ? L'apprentissage religieux, la Bar-Mitzva, les fêtes juives.
- Les enfants isolés ou " cachés " : confiés par des parents, à qui ? Au hasard ? Par relations, et lesquelles ? Le lien avec les parents. Même chose : identité avouée ou non, statut social. Les liens conservés dans l'après-guerre.
Pour l'après 45 (de Montintin et autres maisons) :
- Le retour en Limousin après la guerre. Dans quelles conditions ?
- L'état des lieux, la reprise des habitudes. Les années 50 à Montintin.
- Les Juifs à Limoges et en Limousin, après 1945 : une communauté ?
Pour tous :
- L'année 44-45 : le retour chez soi. La diaspora d'après le conflit.
- Le " processus mémoriel " : le Limousin un épisode oublié ? revendiqué ? remonté à la mémoire dans les années 1990 ? Revenus sur les lieux ? Des amitiés conservées ?
| Petit aide-mémoire limousin - L'état des lieux en 1940 |
Afin d'aider les témoins à mieux situer leur épisode limousin, quelques rappels.
Pour ceux et celles qui ne seraient jamais revenus en Limousin depuis la guerre, ils trouveront un environnement qui est à la fois modernisé et pourtant très reconnaissable. Les " quartiers " sont toujours là, mais ceux du Centre, autrefois sordides, ont été réhabilités. Les maisons anciennes ont retrouvé leur décor de colombages. Seule la place de la République, reconstruite dans les années 1960, offre un visage radicalement nouveau. En revanche, la ville a considérablement grandi, et les communes rurales et agricoles qui entouraient Limoges (Panazol, Condat) sont devenues de véritables petites villes, méconnaissables. De son côté, la campagne est désormais intégralement vouée à l'élevage de plein air (vaches et moutons), donc l'herbe est partout, avec champs de maïs fourrage, inconnu ou presque avant 1970. Les fanes de topinambours ont disparu, comme les champs de pommes de terre. Mais les villages et les rues des bourgs, les écoles et les chemins, donc les lieux " vécus " demeurent facilement reconnaissables, la plupart du temps. En revanche, le Limousin de la misère, tel qu'il existait en 1940, n'existe plus qu'à la marge. Maisons modernisées, cours bitumées, chemins transformés en routes, modification du paysage devenu très boisé, villages soit délaissés du fait d'un très important exode rural, soit au contraire noyés dans les constructions modernes des zones péri-urbaines pourront désorienter au premier abord.
Le visage 1940 de la Région Limousin actuelle
3 départements entre 200 et 700 mètres d'altitude - les hivers de la guerre y ont été très rigoureux - avec un bocage omniprésent, sauf sur les hauteurs (les puys) alors couverts de landes. 1. La Creuse, très rurale, avec un tout petit-chef lieu, la préfecture, Guéret, moins de 10 000 habitants. Un lycée de garçons, un collège de jeunes filles. Le sud du département (Bourganeuf), déjà très montagneux et rude, appartient au massif du plateau de Millevaches. 2. La Corrèze, plus méridionale, constituée d'ouest en est du bassin de Brive traversé par la route nationale 20 Paris-Toulouse ; des plateaux du centre avec des rivières aux vallées profondes : d'où le site très particulier de Tulle, préfecture de quelque 25 000 habitants où travaillent les ouvriers d'une manufacture d'armes importantes ; de la haute-Corrèze, située à 500-700 mètres d'altitude, pays aux reliefs très marqués et boisés, propice aux maquis (Meymac, Ussel). 3. Quant à la Haute-Vienne, on rappellera qu'elle est traversée par la Vienne vers laquelle convergent de nombreuses rivières entaillant profondément les " plateaux " bocagers qui les bordent (Taurion, Maulde, Briance, Aurence, Aixette…). Des chaînons montagneux : les monts de Blond, d'Ambazac, la forêt de Châteauneuf, les Monts de Châlus. Partout des haies aux chênes ébranchés pour faire des fagots (les haies du bocage). Au nord vers l'Indre et la Vienne, reliefs plus calmes, et bientôt monotones.
En tout, quelque 800 communes dotées de maires nommés ou du moins confirmés par Vichy après destitution des maires jugés " rouges ", assistés de " secrétaires de mairie ". La population se disperse entre le bourg, souvent modeste, et des dizaines de " villages " de 3 à 15 maisons. En tout quelque 16 000 " villages " souvent reliés au bourg par de mauvais chemins ; les ruisseaux et les rivières, innombrables, les vallons et les reliefs, les haies du bocage fragmentent l'espace à l'infini à Ni Vichy, malgré ses G.M.R. et sa Milice, ni les Allemands n'auront jamais les moyens de contrôler vraiment ce pays impossible. Les chefs-lieux des communes (les bourgs) comportent la plupart du temps quelques dizaines de maisons, mais avec des cafés, une ou des épiceries-bazars, et quelques petits commerces (mercerie). Dans les chefs-lieux de canton (Nexon, Pierre-Buffière, Seilhac, Bourganeuf…) on trouve la brigade de gendarmerie, un ou des notaires, et des activités diverses. Partout, des " mairies-écoles " très IIIe République.
Le paysage est marqué par le maillage des haies de chênes ébranchés (pour les fagots). Beaucoup de petits bois, et des forêts sur les hauteurs, même si les " landes " sont encore très présentes. L'arbre roi : le châtaignier (récolte à l'automne). Les châtaignes sont épluchées à la veillée. Hêtres, chênes, noisetiers, pommiers, cerisiers, néfliers. Cueillette des champignons (les cèpes, les girolles). Petite agriculture familiale (seigle, pommes de terre, topinambours, raves, avec quelques brebis, et quelques vaches). Beaucoup de porcs familiaux à la campagne (dont des porcs noir et blanc), chaque famille paysanne ou presque dispose d'un " toit à cochon " à A la ville (Limoges), les familles ouvrières auront souvent du mal à se nourrir, mais à la campagne " on ne crèvera pas de faim ". Partout des vaches rousses, de race " limousine ", qui produisent peu de lait ; des charrues très simples tirées par une paire de vaches (presque jamais par des bœufs). Peu, très peu de chevaux. Seuls les grands " domaines " ont des bâtiments agricoles de grande ampleur, et du matériel moderne. Des moutons (des brebis), un petit troupeau de quelques têtes par famille, qu'on sort matin et soir. Autre signe marquant du paysage, des centaines de " châteaux " et de maisons bourgeoises (les " demeures de distinction " étudiées par Philippe Grandcoing), centrées sur un " domaine " confié à un " colon " (un métayer). Les grands propriétaires, possesseurs de plusieurs domaines, s'opposent à la masse des petits paysans, qui vivent dans des conditions de confort disons rudimentaires. Certains de ces châteaux, entourés d'un grand parc, seront loués par l'O.S.E.
Les paysans vivent et circulent en sabots. Et les gamins courent volontiers pieds nus, et pêchent la truite à la main, comme les écrevisses. Les maisons paysannes sont dotées d'une salle-cuisine, où l'on trouve souvent un ou des lits, et d'une cheminée très ouverte qui tire souvent très mal. En hiver, écoliers et villageois ont froid… Les salles de classe comportent un poêle, alimenté par les bûches fournies par les parents d'élève. Des chemins d'accès, les charrières, souvent creux, à peine empierrés et boueux ; des routes étroites, à peine bitumées alors, et tournicotantes. Le chaume est encore très présent en Creuse et haute Corrèze.
Des chemins de fer départementaux à voie étroite (tramways), des camions et des autobus à gazogène (les passagers devaient descendre dans les fortes côtes). On marche beaucoup à l'époque, et beaucoup de bicyclettes.
Limoges
Environ 100 000 habitants (la région urbaine de Limoges fait aujourd'hui 230 000 habitants), tous regroupés alors sur le versant nord de la vallée de la Vienne et dans les faubourgs de la rive gauche, soit dans les " vieux quartiers " aux rues étroites bordés de maisons aux crépis fatigués et grisâtres, soit dans la ceinture pavillonnaire des années 1890-1935. Celle-ci est constituée de " beaux quartiers " aux riches maisons bourgeoises (les Emailleurs), de lotissements en " pavillons Loucheur ", et de rues ouvrières aux maisons surpeuplées. Des maraîchers un peu partout tout près du centre. Quatre ponts : deux du moyen-âge, Pont Saint-Etienne, Pont Saint-Martial, et deux modernes : le Pont Neuf et le Pont de la Révolution, plus un grand viaduc de chemin de fer. Le palais de l'évêché, nationalisé en 1906, est alors devenu une école de musique, entourée de jardins publics. La cathédrale et son gros clocher. Des quartiers très typés : La Brégère, Montjovis, les Ponts (et ses habitants, les " Ponticauds "), la Place Carnot, la cathédrale, le square des Emailleurs, etc. et un centre-ville tout juste reconstruit après démolition volontaire et programmée dans la tradition haussmannienne, dans le style des années Trente (la rue Jean-Jaurès). Des " trams " (plus tard des trolleybus), aujourd'hui supprimés. Des statues en bronze, démontées et livrées aux Allemands. Un lycée, appelé Gay-Lussac (avec un proviseur remarquable, M. Storck) qui a vu passer beaucoup d'élèves juifs, et un lycée de jeunes filles dit des Argentiers (lycée Léonard Limosin aujourd'hui). Des places : d'Aine, Denis-Dussoubs, de la République (avec le théâtre Berlioz et des cafés), de la Motte (des halles en brique rouge, architecture de fonte à la Eiffel). Des boulevards ceinturent les vieux quartiers du centre : Bds Gambetta, Victor-Hugo, Carnot, Louis-Blanc, l'avenue Garibaldi. Rues commerçantes : la rue du Clocher, la rue du Consulat, et une synagogue provisoire installée rue Manigne (Charles-Michels aujourd'hui), où se trouvait également la Maison du Peuple inaugurée en 1936. Donnant sur cette rue, la rue des Petites-Pousses où étaient accueillis des Juifs qui avaient passé clandestinement la ligne. Une boucherie cachère rue Jules-Guesde.
La gare des Bénédictins, la principale, date de 1929, avec une énorme coupole et un campanile très élevé, le tout surplombant les voies. Autre gare, celle de Montjovis. La Cité des Coutures, 500 familles installées dans un complexe d'immeubles construits dans les années Trente, en briques beiges, accolés à la gare.
Limoges était une ville industrielle, avec une forte tradition ouvrière. Beaucoup d'usines de porcelaine, et, sur la route du Palais-sur-Vienne, " l'Arsenal " où est repliée pendant la guerre l'usine parisienne Gnome et Rhône (moteurs d'avion). Des centaines d'ateliers, jusque dans les quartiers centraux de Limoges. Une très belle mairie avec sa fontaine de porcelaine, granit et bronze, et une école des Beaux-Arts, installée derrière le Musée Adrien-Dubouché (musée céramique). Les laveuses, sur les bords de la Vienne, agenouillées dans leur " bachou ". Les laitières venues de Landouge avec leur " charretou ". Les bouchers de la rue de la Boucherie. Le marché de plein air de la place des Bancs. Beaucoup de " jardins ouvriers ". Pendant la guerre, contraste très net entre les campagnes, qui parviennent à se ravitailler (châtaignes, porc, seigle, pommes de terre…), et les ouvriers des villes, même si les familles restées à la campagne peuvent aider (Limoges, Tulle).
Autour de Limoges Des bourgs de taille réduite, avec église, mairie, écoles et quelques cafés ou commerces, encore très paysans, nettement coupés de la ville : Couzeix, Rilhac-Rancon, Isle, Verneuil, Le Palais et, rive gauche de la Vienne, Panazol, Feytiat, Condat. Mais reliés à Limoges par des trams brinquebalants (Oradour est déjà en pleine campagne). Sur Saint-Junien et Eymoutiers, nombreuses mégisseries et tanneries pour le travail du cuir.
Les autres villes Souvent très petites, moins de 3 à 5 000 habitants groupés, Saint-Junien, Saint-Yrieix, Bellac, Egletons, Meymac, Grand-Bourg, La Souterraine… et des chefs-lieux de canton, peuplés de petits commerces (quincailliers, épiciers, tabacs, cafés, Aux modes de Paris etc).
Une tradition de gauche
Depuis le 19e siècle, la région s'est nettement ancrée à gauche. Depuis 1912, Limoges a un maire socialiste, et nombreux sont les maires soit socialistes, soit, parfois, communistes (Saint-Junien et Eymoutiers en Haute-Vienne, par exemple), mais il demeure des îlots conservateurs dans les campagnes (Le Dorat). La guerre de 14 a saigné la région, d'où un pacifisme généralisé. Le Front Populaire a été un grand moment, et les " Rouges " effrayent le bourgeois. Les grands propriétaires sont souvent détestés de leurs métayers (mais pas forcément) : ils habitent ou possèdent encore les centaines de châteaux et de maisons bourgeoises qui ponctuent l'espace autour des villes grandes ou petites à Les mots d'ordre de la " Révolution nationale " de Pétain tombent donc mal pour une région a priori hostile aux conservateurs.
La résistance et la répression
La guerre entre la Milice de Vichy et les GMR (les Groupes Mobiles, gendarmes encasernés) d'une part, et les forces de la Résistance, FTP d'obédience communiste et A.S. (Armée Secrète) socialisante d'autre part, sera sans merci. Très tôt, dès 1941, les populations multiplient les gestes de refus contre les mots d'ordre de Vichy, même si, au départ, le vieux maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun, est accueilli de façon chaleureuse par une partie de la population.
Limoges devient le chef-lieu d'une grande région de Vichy (la Région R5). Le préfet de région, basé sur Limoges, relayé par les préfectures départementales, tente de contrôler la situation. Une importante antenne du Commissariat aux Questions Juives est chargée des Juifs des trois départements de l'actuel Limousin augmenté des parties non occupées (jusqu'à novembre 1942) de la Charente, de l'Indre, de la Vienne, de la Dordogne etc., coupées en deux par la ligne de démarcation. C'est ici en Limousin que le sinistre Antignac fera son apprentissage de commissaire régional aux Questions juives, en charge de la Police aux Questions juives, avant de partir comme délégué général à Vichy. Rappelons que chaque " chef-lieu de canton " (un canton = 4 à 10 communes) possède une brigade de gendarmerie (Château-Chervix dépend ainsi de Saint-Germain-les-Belles, situé à une douzaine de km). Novembre 1942 : les Allemands arrivent. Février 43 : le lancement du Service du Travail Obligatoire (STO) provoque la création immédiate de camps de " réfractaires " qui deviennent les maquis. Le communiste Georges Guingouin sera la figure dominante de la résistance limousine. Parachutages.
Les camps en Limousin
La Haute-Vienne a connu les camps d'internement (Nexon, Eyjeaux, Saint-Germain-les-Belles), dont il ne reste pas de traces matérielles sur place. La Creuse de même. Dans les trois départements, camps de travail pour travailleurs étrangers (pour Espagnols et pour Juifs en particulier).
Château-Chervix
Dans un pays très vallonné, aux vastes horizons, le bourg se situe à 30 km au sud de Limoges et à 8 km à l'ouest de la route nationale 20 (devenue autoroute A20, achevée en 2003), et de la voie ferrée Paris-Toulouse. Pas de gare : on descend du train à Magnac-Bourg. La gare existe toujours, mais fermée. Altitude du bourg et de Montintin : 450 m, autant dire qu'on est déjà en moyenne montagne. Un grand donjon du 12e siècle surplombe le petit bourg perché sur un petit éperon rocheux, flanqué d'un imposant cimetière. Une vaste forêt (la forêt de Fayat) couvre un sommet, le Puy-de-Bar, surmonté d'une toute petite chapelle. Mines d'or (fermées aujourd'hui !). Nombreux villages faits de quelques fermes (Puy-Chaumartin, Les Chapelles, La Gabie de la Poule, Le Bournazaud…). Des tuileries du côté de Magnac-Bourg, à La Chapelle. Au bourg : une mairie-écoles et, à l'époque, des épiceries, des cafés, un maréchal-ferrant avec un " travail " pour ferrer les vaches de travail etc. De toutes petites maisons au fenêtres étroites, parfois de deux pièces seulement.
Le château de Montintin, très isolé, est situé dans un vallon pentu, sur le flanc nord de la Forêt de Fayat, au dessus d'un petit étang récemment créé, à 3 km du bourg par la route. Plus haut, à 200 mètres, la maison de Chevrette, où furent cantonnés les plus religieux des enfants. Taillis de châtaigniers alentour, rhododendrons sur l'allée d'arrivée. Le château date du 19e siècle, construit dans le style " troubadour ", avec tour et fenêtres gothiques. D'importants " communs " couverts de tuile plate témoignent de l'importance du domaine. Occupé dès juillet 1940 par l'OSE, qui l'a obtenu de son propriétaire, Jean-Louis de Neuville, il abritera en permanence plus d'une centaine d'enfants, et cela jusqu'à la fin de 1943. Menacé par la Milice, il sera désaffecté. Attribué aux maquisards FTP au cours de l'été 1944, à la Libération, il sera redonné à l'OSE dès novembre 1944. Différentes œuvres juives l'utiliseront comme colonie et centre de formation jusqu'au milieu des années 1970.
| Visites complémentaires et inscription (obligatoire) |
Inscription
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Odile Pommier – R5 |
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71, Avenue de Naugeat |
Tél : [00 33] (0)5 55 05 14 47 |
| F- 87000 Limoges | e-mail : pommierodile@yahoo. |
L'inscription au colloque est gratuite / No charge. Mais dons bienvenus, chèques libellés « Association R5 centre d’études ».
Hôtels et Repas / Boarding and meals :
Accès : ·
English speaking people :
Un programme " à la carte " / free choice de visites destinées aux participants et aux accompagnants (cars prévus) :
Réalisation : Lycée Raymond Loewy - 23300 - La Souterraine - France