Le rôle de lécole laïque
Les enfants, d'âge scolaire, réfugiés en Creuse, sont inscrits dans les écoles primaires communales ou dans les collèges.
Nombreux sont les directeurs qui les inscrivent sous de fausses identités.
Le brassage des enfants...
| L'arrivée, à la rentrée de 1940, de dizaines d'enfants réfugiés change
profondément la routine scolaire. Mais quelles habitudes ne sont pas bouleversées en
septembre 1940 ? Des élèves que tout sépare vont se côtoyer sur les bancs de la même école. Roland, fils d'agriculteur creusois, va s'asseoir près d'Isaac dont le père, d'origine polonaise, était vernisseur dans le XIXème... Le registre d'inscription de l'École Primaire Élémentaire de Garçons de Saint-Pierre-de- Fursac conserve la trace de l'inscription des enfants réfugiés. |
Nom : Vitte Daniel Date de naissance : 17/01/19?? Nom du père : Vitte Armand - Profession et adresse : Cantonnier à Chabannes Date de l'inscription à l'école : 1 juin 1940 |
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Nom : Simon André Date de naissance : 8/08/1932 Nom du père : Simon Lefèvre (?) Profession et adresse : Cultivateur à Toges (Ardennes) Date de l'inscription à l'école : 2 septembre 1940 |
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| Pour certains enfants, l'origine des parents est soulignée. |
Nom : Boismann Mischa Date de naissance : 1/01/1934 (?) Origine des parents: Russe - Profession de la mère : Enfileuse de perles, Paris XVIème Date de l'inscription à l'école : 2 septembre 1940 |
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Nom : Bronstein Michel Date de naissance : 7/09/1930 Origine des parents : Polonais - Profession et adresse : Maroquinier, Paris XIXème Date de l'inscription à l'école : 2 septembre 1940 |
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Nom : Eskenasy Isak Date de naissance : 7/07/1932 Origine des parents : Turque - Profession et adresse : Vernisseur, Paris XIème. Date de l'inscription à l'école : 2 septembre 1940 |
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| Des classes supplémentaires sont créées pour faire face à l'afflux de ces nouveaux élèves. A Chabannes, trois classes nouvelles sont ouvertes. Des instituteurs titulaires de l'école publique y exercent. |
| Renée et Irène Paillassou, institutrices à Chabannes, ont laissé des témoignages d'une grande force : |
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La rentrée 40...
Comment l'arrivée des enfants réfugiés fut-elle ressentie dans les écoles ?
"Latmosphère change à lécole de Chabannes. Un effectif doublé et bien des visages nouveaux. Tout un petit monde denfants pour la plupart étrangers réfugiés loin de chez eux, loin de leurs chères habitudes. Tous ces enfants vont vivre la même vie que les enfants de notre village.
Quel sera le premier contact ? Une année de vie retirée dans leur château, quelques rivalités, voire même quelques batailles rangées avec nos Chabannais. Nous songeons à tout cela... et nous avons quelque souci ! Dailleurs lémotion est grande dans le village.
Appel. Premiers coups dil... Méfiance, indifférence, hostilité ?
Quelques mots bien vite car il faut sans tarder créer une atmosphère de confiance, une atmosphère accueillante. Chacun sait maintenant quil a un grand nombre de camarades nouveaux et que tous doivent sentraider en camarades loyaux, en camarades tout court."
Premier jour de classe...
"La plupart de ces enfants sont étrangers et parlent un mauvais français, mais ils font des efforts si désespérés...
Voici que lun deux sexprime dune manière si drôle que toute la classe est gagnée par un fou rire qui semble ne plus vouloir sarrêter.
Ce rire, que je comprends chez des enfants, me fait mal. Je sens combien il peut meurtrir ces sensibilités exaspérées, combien il risque de les révolter et de les faire se replier sur eux-mêmes.
A mon visage, les enfants ont compris. A cette minute précise, ils ont senti leur cruauté et la détresse de leurs nouveaux camarades. Je dois parler : il faut absolument ici réconforter, là éviter le retour à de pareilles maladresses. Éviter à tout prix de creuser un fossé entre « ceux du château » et les « campagnards ». Le mal est toujours si difficile à guérir."
Enseigner la tolérance...
Irène Paillassou poursuit :
"Je félicite pour les efforts et le travail immense accomplis en si peu de temps. Jencourage. Jexplique à nos « anciens » que le travail extraordinaire de leurs camarades mérite vraiment leur admiration. Je leur demande dimaginer leur sort de petit Français transporté brutalement à létranger.
Et, pour rétablir les choses, je dois être dure. Songez que vous-mêmes, qui avez toujours vécu en France, parlé français, étudié des années à lécole, songez que vous avez souvent une manière de vous exprimer qui désole vos maîtres et qui vaudrait les éclats de rire sans pitié de vos camarades citadins. Non pas du reste, que vos camarades des villes soient à labri des moqueries !
Mais soyons indulgents et songeons plutôt à nous aider les uns les autres."
Utiliser les différences...
Comme Félix Chevrier utilise l'exotisme des animaux et des travaux des champs pour restaurer la santé physique et mentale des petits pensionnaires de Chabannes, les pédagogues vont aussi se servir de l'expérience des enfants réfugiés pour enrichir les élèves du village. C'est un contrat qui doit être conclu entre eux.
La pédagogie de lentraide : Les ongles, elles ne sont pas trop longues...
Renée Paillassou s'efforce d'utiliser les ressources de chacun :
"Un pacte est signé. Plus de campagnards, plus de « château », seulement des camarades qui parleront ensemble. Chacun aura des trésors à puiser chez le voisin. Chabannes signalera gentiment les erreurs, corrigera les fautes. Et, peut-être, un jour, un « authentique » Chabannais, apprendra-t-il enfin de la bouche dun de ses camarades venu dAllemagne, de Pologne ou dAutriche ce que jamais encore ses maîtres ne lui ont fait accepter, quil doit oublier que « les ongles, elles ne sont pas trop longues » ou que « lautobus, elle nest pas passée ».
Entente cordiale ?
Il ne faut sans doute pas peindre un tableau trop idyllique de l'intégration des enfants réfugiés dans les classes. Les préventions causées par la propagande antisémite de l'époque imprègnent les esprits. Des rires fusent quand un enfant s'exprime difficilement en français et avec un fort accent. Des bagarres éclatent dans la cour de récréation. Certains parents se plaignent à Chabannes parce que les enfants réfugiés sont les premiers au classement et exigent que les classes soient séparées...
Mais, malgré cela, les mémoires et les archives ne gardent pas trace d'une hostilité massive de la population face aux "autres".
Les maîtres d'école traitent avec égalité l'ensemble de leurs élèves, dans l'esprit républicain où ils ont été formés.
Mutation disciplinaire
L'attitude de Renée Paillassou, institutrice à Chabannes, qui refuse toute discrimination à l'encontre des enfants juifs indispose les pétainistes locaux. Prenant le prétexte de son absence à une réunion, les responsables locaux et départementaux de la Légion demandent son renvoi. Pas de faute professionnelle à lui reprocher, c'est l'institutrice la mieux notée du département et les résultats des élèves qu'elle présente au certificat sont excellents. Son dossier est vide, hormis la plainte de quelque bigote à qui elle a refusé une salle pour le catéchisme. Malgré ses protestations, elle sera mutée en 1942 à Saint-Vaury par l'Inspecteur d'Académie.
Tout bien considéré, si des arrestations d'enfants ont eu lieu, elles ne proviennent pas de dénonciations de la population, mais de l'application de la politique antisémite de Vichy par les relais locaux du pouvoir.
Réalisation : Lycée Raymond Loewy - 23300 - La Souterraine - France