"M. Chevrier, la rafle, c'est pour cette nuit" ou comment une rafle générale fut évitée à Chabannes durant l'automne 1943...
Après l'été 1942, les responsables du château de Chabannes, angoissés à l'idée de nouvelles rafles impromptues, contactent, par l'intermédiaire du Docteur Meselès, le médecin du centre, deux des institutrices de l'école, Irène et Renée Paillassou.
Leur père, retraité de la gendarmerie, pourrait-il contacter son collègue en poste à Grand-Bourg chargé d'opérer les arrestations ? Pourrait-il prévenir quand il recevra l'ordre de rafle ?
M. Paillassou, estime que son collègue, le brigadier-chef Barraud, est "un honnête homme et qu'il ne le dénoncera pas". Malgré le risque, il accepte de tenter la démarche. M. Barraud promet qu'il préviendra.
Il faut souligner, qu'à partir de 1943, la situation a bien évolué en Creuse comme ailleurs. Le préfet a été remplacé. Mais, surtout, le noyautage des administrations publiques (N.A.P.) par la Résistance se précise à l'instigation de Henry Castaing, commissaire des Renseignements Généraux à Guéret.
Un jour de l'automne 1943, vers quatre heures de l'après-midi, l'ordre d'arrêter tous les enfants et le personnel du château de Chabannes parvient à la gendarmerie de Grand-Bourg (à une quinzaine de kms de Chabannes). Deux autocars sont réquisitionnés. L'opération est prévue pour minuit. Comme convenu, M. Barraud prévient et les deux institutrices, Irène et Renée Paillassou, transmettent à F.Chevrier que "la rafle, c'est pour cette nuit".
Une heure plus tard, il n'y a plus un enfant au château. Les grands et leurs éducateurs ont fui dans les bois. Les plus petits vont frapper à la porte des gens du village. "Toutes les maisons, racontent Irène et Renée Paillassou, qui aimaient ces enfants, qui vivaient avec eux, pour qui le problème d'être juif ou étranger ne se posait pas, ont ouvert leur cur et leur porte".
Un enfant va frapper chez Monsieur et Madame Dony, des habitants du village de Chabannes.
"- Voulez-vous me cacher ? Ils veulent m'emmener !"
" - Mais bien sûr, mon petit. Calme-toi... Nous allons te faire un lit et tu dormiras chez nous".
"- Oh non, je coucherai à l'étable, pas dans la maison. Mais est-ce qu'il y a deux portes dans l'étable pour que je puisse me sauver ?".
(Lettre manuscrite d'Irène et Renée Paillassou à Madame Kéerob)
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