Ernest ROSNER, pensionnaire à Chabannes
Arrivé en septembre 1940, j'étais un des premiers de ce qui devait devenir par la suite "le groupe des grands" dont les activités étaient essentiellement basées sur l'apprentissage de la maroquinerie, enseignée par un professeur délégué par l'ORT (Organisation Reconstruction Travail), M. Koenig. Avec mes 14 ans, j'étais dans la moyenne de l'âge des élèves qui étaient au nombre d'une trentaine. L'atelier était situé au 1er étage de ce qui était "l'annexe" du Château et qui comportait en outre les dortoirs et réfectoire des "grands" et une buanderie-lingerie. Il se composait de 4 grandes tables de travail, avec, chacune, 4 places, une table dite de "coupe" sur laquelle nous découpions le cuir, qui devait sous nos mains maladroites devenir des étuis, des porte-monnaie, des portefeuilles et même, pour les plus doués, des sacs à main. Nous disposions aussi de 2 machines à coudre dont la manoeuvre mécanique -elles ne fonctionnaient pas encore à l'électricité- demandait adresse et effort. Nous étions partagés en deux sections, l'une "travaillant" le matin , l'autre l'après-midi pendant 3 heures.
Les autres moments de la journée étaient
réservés aux travaux scolaires, au jardinage, au sport,
aux jeux mais également à des occupations
d'intérêt général. Les soirées
après le dîner étaient soit libres, soit
réservées à des discussions, à des
conférences littéraires ou musicales à
l'exception du vendredi qui servait à fixer les programmes de
la semaine à venir. C'était aussi l'apprentissage de la
démocratie en vie collective car nous pouvions alors
également débattre des difficultés quotidiennes.
Deux fois par mois, les dimanches matin étaient réservés à des cours de dessin industriel mais aussi artistique. Les samedis et les dimanches après-midi permettaient de faire des excursions dans la campagne environnante, des jeux de piste ou d'autres jeux colllectifs, y compris des matches de football entre nous ou bien avec les équipes locales. Il faut également citer les compétitions de tennis de table, des parties d'échecs, de Monopoly, de dames. Tout cela pouvait se prolonger fort tard le soir.
Ernest Jablonsky a su se substituer à un corps enseignant multiple et nous familiariser avec la littérature, les mathématiques, l'histoire, la géographie, la vie sociale et les fondements de la philosophie. Il était en celà un digne élève du professeur Henri Wallon.
Nina Vinaver donnait à ceux qu'elle trouvait doués des leçons de piano et faisait aimer la musique aux autres.
A l'infirmerie régnaient le docteur Meseles et son infirmière Ida qui devait devenir ensuite sa femme.
Mais, nous aussi aidions dans ces travaux d'utilité : épluchage des légumes, bêchage, plantations, binage, arrosage, et finalement récolte, sous la direction d'un jardinier professionnel : M. Marcellin.
On trouvait là un complément non négligeable de l'ordinaire mais ce fut aussi un apprentissage précieux pour ceux qui, après les rafles, ont été cachés par des cultivateurs, des maraîchers ou des horticulteurs.
Extraits du témoignage dactylographié de M. Ernest
Rosner (Janvier 1998)
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