La visite d'Annette Thau-Szwarcberg

 

anna3.jpg (4465 octets)

Anna5.jpg (8274 octets)

La visite d'une ancienne enfant cachée

Il y a des jours ordinaires qui deviennent vite exceptionnels.

Vendredi 29 mai 2000, 10 H 30. Un appel téléphonique au standard. Une voix. Un français parfait où se décèlent de très légères inflexions québécoises.

" Bonjour, je suis Annette Thau… Je suis de passage en France avec mon mari. Pouvons-nous nous rencontrer ? "

Une demi-heure plus tard, celle qui, durant la guerre, fut une " enfant cachée " à La Chaise-Gonot, près de Fresselines et dont David Dufroc avait retrouvé la trace et raconté l’histoire dans " Bonjour les enfants ! " était dans le hall du lycée.

Au delà de l’émotion, les quelques heures passées ensemble ont permis de préciser certains points la concernant.


D’origine polonaise, ses parents  arrivent en France dans les années 30. Son père, coiffeur à Paris, est interné en 41 à Pithiviers. Gravement malade il peut s’en échapper.

Avec de faux papiers, la famille se réfugie en 1942 à Sainte-Feyre. Agée de trois ans, elle n’a pas gardé le souvenir du passage de la ligne de démarcation, mais elle s’étonne encore d’avoir compris qu'il lui fallait impérativement oublier son patronyme (Szwarcberg) : s'appeler Annette Thau serait la clé de sa survie.

A Sainte-Feyre, son père est-il soigné au sanatorium, l’actuel centre médical ? Annette croit se souvenir que c’est par le docteur Delbecque, responsable médical - un résistant - et par sa secrétaire Cécile Gros, qu’ils font connaissance avec la famille Pinet à la Chaise-Gonot.

Quand ses parents décident de confier Annette et sa sœur aînée (décédée en 1999) aux Pinet, il y a vraisemblablement promesse d’un dédommagement financier, mais cette question est vite oubliée car les parents d’Annette n’ont pas d’argent pour payer une pension.

Le couple Pinet héberge Annette Szwarcberg-Thau et sa sœur jusqu’à la fin de la guerre en sachant pertinemment qu’elles étaient juives.

Dans le souvenir d’Annette, ces agriculteurs creusois ordinaires, n’avaient pas d’engagements philosophique, religieux ou politique marqués. Ils n’étaient pas membres actifs de réseaux de résistance, même si on lui a récemment rapporté que les Pinet étaient la seule famille du village à posséder un poste de radio et que les résistants venaient le soir chez eux écouter les messages de la BBC. Mais ce fait reste à confirmer.

Après guerre, toute la famille Szwarcberg reste en relation d’amitiés avec M et Mme Pinet et revient les voir durant l’été. Elles et sa sœur sont un peu devenues les filles adoptives de ce couple sans enfant.

En 1949, le père d’Annette décide d’émigrer vers les États-Unis. La traversée s’effectue sur le " Ville de Paris ", mais au troisième pont, dans une atmosphère surchauffée par la proximité des machines.

L’intégration aux États-Unis se passe mal. Débarqués sans le sou, la fortune ne leur sourit pas. Aux difficultés matérielles s’ajoutent des difficultés psychologiques. Les parents d’Annette sont, comme tant d’autres survivants, hantés par les fantômes de leurs proches disparus dans la Shoah. Elle garde le souvenir douloureux d’une mère constamment en pleurs et d’un père, irritable, qui déforme la réalité de son passé.

Dès qu’elle le peut, pour fuir une atmosphère familiale pesante, Annette s’échappe vers l’Université où elle réussit de très brillantes études. Elle décroche, à la grande fierté de ses proches, le titre de Docteur. Spécialiste de littérature française, elle l’enseigne à l’Université et publie plusieurs livres sur des écrivains français dont Max Jacob. Plus tard, elle se tourne vers les sciences économiques.

Anna4.jpg (31905 octets)

Mariée - son époux est aujourd’hui directeur du Département d’électronique appliquée à la City hall University de New York - elle a deux fils, tous deux diplômés d’Harvard. Son cadet est un des concepteurs d’Apache, le système de gestion de site web, dont le code est mis à la disposition de tous, en freeware.

Une réussite personnelle qui va occulter pendant longtemps le passé. Mais, dans les années 90, Annette éprouvera le besoin de préciser son histoire personnelle qui croise, on le voit, l’histoire contemporaine. C’est ce qu’elle tente aujourd’hui..



Sommaire

Réalisation : Lycée Raymond Loewy - 23300 - La Souterraine - France