Éric Thorn : de l'Autriche à Chaumont ...
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Une stèle rappelle qu'à Chaumont, pendant la guerre, une maison abritait des enfants juifs |
Après un passage à la Villa Helvétia de Montmorency, l'arrivée à Chaumont
"Je fais partie d'un groupe d'enfants autrichiens qui furent d'abord planqués à la Villa Helvétia de Montmorency (dont le directeur s'appelait Ernst Papanek). Je suis parti ensuite pour une maison appelée "Les Tourelles" et suis arrivé à Chaumont, où je suis resté d'octobre ou novembre 1939 jusqu'à juillet 1941. A cette date a eu lieu mon départ vers les États-Unis en compagnie d'autres enfants. Quand jai été confié aux soins de lO.S.E. javais 9 ans et 3 mois, lorsque je suis arrivé à Chaumont, javais presque 10 ans.
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Mes parents avaient prévu de memmener aux États Unis ou bien vers un autre pays pour lequel il serait possible d'obtenir un visa. Ma mère est morte de navoir pas été soignée correctement à Vienne. Mon père, deux grands-mères et tous mes autres parents qui étaient encore à Vienne ont été en fin de compte déportés et sont morts dans les camps. | ![]() |
Jolan Thorn, sa mère |
Siegfried Thorn, son père |
A mon arrivée à Chaumont , jai été placé avec les " grands "...
Nos activités variaient suivant les saisons. La principale occupation, pour ceux d'entre nous qui étaient en âge d'y aller, c'étaient les longs trajets pour aller et venir de lécole. Nous habitions sur une hauteur et Mainsat était dans la vallée. Ceci était plutôt déplaisant en hiver : nos habits étaient loin dêtre adaptés, et nos chaussures avaient des semelles en bois entourées par des lanières de caoutchouc synthétique. La neige sinfiltrait dans les espaces entre les lanières en caoutchouc jusquà ce que nous glissions sur de lourdes épaisseurs de glace de 10 à 15 cm de haut.
A deux occasions, il y eut une grève pour protester contre le fait daller à lécole, mais aucune ne dura très longtemps.
Pendant lannée scolaire, nous passions la majeure partie de notre temps à notre travail scolaire. Lécole de garçons de Mainsat avait alors deux salles : celle du bas pour les cours préparatoire (2 années) et élémentaire (2 années) et celle du haut pour les deux années du cour moyen et les deux années de cours supérieur (une année pour ceux qui continueraient au lycée, deux pour ceux dont les études sarrêteraient là).
Par beau temps, particulièrement durant les mois chauds, un peu de travail nous était proposé : aider à désherber le jardin, cueillir les baies (mûres et framboises), éliminer les doryphores sur les patates. Je crois que certaines des filles les plus âgées devaient aider à la cuisine, mais je nen suis pas sûr.
Nous passions vraiment la majeure partie de notre temps à jouer au " Voelkerball " (c'est le nom d'un jeu pour lequel je narrive pas à trouver de traduction précise en français ou en anglais), à marcher, et à aller nager dans un étang pas très loin de Mainsat. Cet étang portait le nom de Lac du Mont (nous ne nous baignions pas dans les étangs de la Chirade et de Mainsat). A deux occasions nous sommes partis pour une marche jusquaux cascades de Beaulieu, je ne sais plus où.
En ce qui me concerne, jai passé la plupart de mon temps libre à lire. Jusquà ce que je men débarasse, javais un carnet où figuraient cent trente cinq titres de livres en français et en allemand que javais lu durant une année.
Le château de Chaumont
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Chaumont vers 1980 |
| Ce qu'il reste du château de Chaumont : aujourd'hui le bâtiment est en ruine et le parc est envahi par les arbres et les broussailles (janvier 2001) |
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Je me souviens assez bien des installations que lon trouvait à chaque étage : au sous-sol se trouvaient le chauffage et les récipients à charbon, la cuisine, le cellier, les réserves, la buanderie, le stock de bois. Au rez-de-chaussée il y avait dans lentrée les lavabos et plus loin dans les trois ailes du château, les trois salles à manger : pour les petits, les moyens et les grands. En dehors des heures des repas ces salles à manger étaient utilisées pour différents autres usages.
La salle à manger pour les grands était reliée à un espace immédiatement à lextérieur de la cuisine par un escalier, mais il ny avait pas de perron ou de balcon comme ceux que les deux autres salles à manger possédaient.
Deux piliers cylindriques en granit flanquaient lescalier qui conduisait au second étage (le second étage aux États-Unis correspond au premier en France). Il y avait ici deux dortoirs pour les petits, ainsi que deux petites pièces pour les surveillantes. Une dentre elle sappelait Nina, une autre Henriette. Malheureusement je nai jamais su leur nom complet. La troisième personne responsable de ce groupe sappelait Mirrha ( ?) Polzer, qui avait aussi séjourné à Helvetia (à Montmorency) tout comme son mari, Karl, qui était employé à différentes tâches. Leur fils, " Joshi " (Joseph) était aussi à Chaumont. ( Il est actuellement professeur dHistoire de lArt dans une université canadienne).
Il y avait aussi à cet étage les installations pour le cuisinier, pour les deux autres membres du personnel et un grand espace où lon trouvait des douches et des toilettes mais il nétait pas possible de se laver.
A létage immédiatement supérieur il y avait deux dortoirs pour les moyens ; les garçons et les filles partageaient les chambres. Si mes souvenirs sont exacts, à mon époque, il y avait 15 enfants dans lune et 14 dans lautre. Parmi ceux-ci il y avait Anjuta (Anna Judith) Schwarz, la fille de Lotte Schwartz. La personne principalement en charge de ce groupe était Estelle Ashkenazi, dont la chambre était aussi à cet étage. Elle fût aidée à plusieurs périodes par Colette (Mayer ?) et par Nina. Toujours à cet étage on trouvait aussi le dortoir des grands garçons et un petit dispensaire.
Un autre étage atteignait la base de la tour. On trouvait ici le dortoir des grandes filles ainsi que le logement de Lotte Schwartz ( dont la biographie partielle est déjà sur votre site). En plus dêtre à la tête de létablissement, elle avait la charge des grands. Je lui ai rendu une brève visite en 1953 durant un passage à Paris pendant mon séjour en Allemagne lorsque jétais dans larmée américaine et je revis également sa fille, encore plus rapidement. Étant donné les sympathies communistes de Lotte, la visite dun soldat U.S. en uniforme a pu paraître inopportune. A ce moment il me semble que la fille était dans une École de Médecine, et elle est probablement actuellement médecin.
Encore plus en haut de la tour il y avait une pièce qui servait de débarras, et encore plus haut, tout à fait au sommet, il y avait une petite pièce à laquelle on navait trouvé aucun usage et que jutilisais avec un couple damis comme salle de réunion.
Parmi la population locale, je me souviens de François Favar, de Bussières-Vieille qui était à lépoque l'homme à tout faire.
Je me souviens de certains noms ...
Je me souviens de certains autres noms denfants : les frères Joachim et Martin Levine, Eduard Goldschmidt, Ralph Moratz, Alfred et Otto Berg, Richard Hirschhorn, les surs Klein (leur mère, médecin, et leur père résidèrent au château pendant un moment), Raymond Loker et sa sur Solange, Jean Gelernter et Markus Balaban ( qui, m'a-t-on rapporté, fut responsable de la fermeture de Chaumont). Tous ceux-ci faisaient partie du groupe des moyens .
| Parmi les grands je me souviens de Louis Ohnstein, Sali Fuchs, Heinz Hirschhorn (qui nétait pas parent avec Richard). Je me souviens aussi de Manfred Rosenthal de Herbert Karliner (en apprentissage dans une boulangerie de Mainsat) et de son frère, Walter (apprenti lui aussi chez un charpentier). Les deux frères Karliner étaient sur le St. Louis et sont partis aux Etats-Unis. |
Le Serpa Pinto qui, comme le St-Louis, effectua des transports vers les Etats-Unis |
Je navais pas beaucoup de contacts avec les filles du groupe des grandes, celles qui fréquentaient lécole de Mainsat : elles avaient des horaires différents de ceux qui fréquentaient lécole des garçons . Cependant, javais déjà rencontré une des filles de ce groupe auparavant à Helvetia. Elle sappelait Halga Kahn, je devais la rencontrer de nouveau aux États-Unis chez les Polzers et me marier avec elle en 1949. Nous divorçâmes quelque 17 années plus tard, elle vit toujours à quelques minutes de chez moi et nous sommes en contact régulier. Quand je suis parti pour les États-Unis en 1941, elle était toujours en Creuse et passa la plus grande partie des années de guerre " planquée " ".
Eric Thorn, âgé de 13 ans, après son arrivée aux Etats-Unis |
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M. Thorn vit actuellement aux États-Unis, il a enseigné l'anglais pendant 39 années à l'université Marshal.
D'après le témoignage d'Eric Thorn, en septembre 2000 , traduit de l'américain par Alain Pruchon avec l'aide de Serge Bouyat et de Jean-Marie Mazin
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