La vie quotidienne dans les maisons de l'O.S.E.


Apprendre le français...


M. Kujarski raconte qu'il faisait chaque jour la conversation avec les habitants de Chabannes pour améliorer son vocabulaire et sa prononciation. En effet, bien maîtriser la langue française devient une affaire de survie. L'école primaire remplit son rôle dans cet apprentissage. Des classes supplémentaires sont créées à Chabannes. Des instituteurs d'Etat, tel M. Grandpey au Masgelier, sont détachés dans les centres.

Il faut imaginer ces enfants, de langue allemande ou polonaise par exemple, en proie aux difficultés de la langue française, plongés dans les pièges des dictées-questions ou confrontés aux ruses de l'imparfait du subjonctif. Leurs cahiers d'écoliers parlent, leurs instituteurs témoignent : tous décrivent des enfants doués, ayant une formidable envie d'apprendre. Leurs camarades de classe creusois reconnaissent que leur présence les a enrichis. A l'examen du certificat, les notes des enfants du Masgelier dépassent la moyenne du canton.

Norbert Bikales, un enfant de Chabannes né en Allemagne, se souvient combien il était difficile d'épeler les mots français. Devenu anglophone depuis son installation aux Etats-Unis après guerre, il a pratiquement oublié le français et rédécouvre avec étonnement, en 1996, ce qu'il était capable d'écrire dans ses cahiers d'écolier. Peter Gossels a la même réaction.


Etre en bonne santé...


Dans les centres d'accueil de l'O.S.E. la tâche des adultes consiste également à contrôler attentivement la santé physique et mentale des enfants qui, très souvent, à partir de 1941, sortent des camps d'internement sous-alimentés et malades. A Chaumont, Lotte Schwarz, la directrice, écrit : "un grand potager, entretenu par nos soins, donne une partie importante de l'alimentation en légumes. Les plus grosses difficultés, en raison de notre nombre, sont de se procurer l'habillement, les chaussures, le matériel de cuisine, ... le savon, très insuffisant....".

La facilité du ravitaillement en Creuse permet - dans la mesure du possible - une alimentation régulière et équilibrée.

Ici, les enfants préparent des légumes avec leur monitrice au Masgelier.

La confection de gâteaux était l'une des activités les plus demandées !

L'hygiène, une vie sportive et saine sont de règle dans les centres de l'O.S.E.. Douche (froide !) obligatoire tous les jours, pour les grands comme pour les petits, par tous les temps.


Combattre l'angoisse...


Outre l'hygiène et la santé physique, le personnel doit faire face au grand désarroi affectif des enfants. Ils ont tous vécu des épreuves traumatisantes, à l'étranger et depuis leur arrivée en France. Certains ont vu leurs proches persécutés. Beaucoup ont connu l'internement. Tous sont séparés de leurs parents, dans l'incertitude de ce qu'ils sont devenus, ou déjà orphelins. Dans un rapport sur l'état moral des enfants, Lotte Schwarz écrit, en 1942, "qu'il est aussi bon que peut être celui d'enfants séparés de leur famille depuis plus de trois ans" et que "les enfants, occupés par leurs travaux et les jeux organisés conservent le bon moral de la jeunesse".

A Chabannes, Félix Chevrier reçoit "de malheureux enfants abandonnés dont les parents ont été déportés et que des voisins ou des oeuvres charitables ont recueillis, réconfortés et dirigés chez nous". Pour restaurer leur équilibre moral, il en envoie le plus grand nombre possible, dès l'âge de dix ans, "à la culture". Il aident les cultivateurs dans leurs récoltes : javelage du blé, glanes, puis ramassage des pommes de terre. Il fait savoir aux autorités que "l'accueil qui leur a été fait dans les familles paysannes fut émouvant. Et cette ambiance favorable les a remis en confiance".

Pour combattre leur angoisse, il faut donc occuper en permanence les petits pensionnaires. De multiples animations éducatives ou récréatives sont au programme. Jeux, baignades, déguisements, petits spectacles, danse. A Chabannes, sous l'impulsion de Georges Loinger, un de leurs éducateurs, les activités sportives rythment la journée. Rachel Pludermacher, une autre éducatrice, apprend la danse aux plus grands.

Les éducateurs s'efforçent non seulement de les distraire en les occupant en permanence, mais aussi de développer chez eux des capacités de résistance. Il faut apprendre à courir vite pour pouvoir, si besoin, s'échapper...

Ernest Rosner, un "grand" de Chabannes, raconte plus en détail, la vie quotidienne de la maison.


On ramasse des châtaignes...


Les archives conservent d'émouvants dessins d'enfants de Chabannes. La plupart d'entre eux sont de petits citadins et découvrent la campagne lors de promenades avec leurs éducateurs.

Jeux en plein air

(Cécile D., 8 ans)

On ramasse des châtaignes

(Jojo, 6 ans)

(Il s'agit sans doute Joseph Kolodny, né à Paris, le 24/11/35, membre du groupe des petits) 

On cherche des champignons

(Jojo, 6 ans)


La photographie a aussi gardé la trace du quotidien des enfants...


Enfants déguisés sur les marches du château du Masgelier en 1942-43.

Peut-on lire sur cette photo, un moment furtif d'insouciance ? Entre 4 et 17 ans, la conscience de la situation n'est pas la même qu'à l'âge adulte.

Au Masgelier en avril 1943.

Un groupe d'enfants en attente d'être cachés

Quelle était la perception réelle du danger qui les menaçait ? Sans doute était-elle plus nette chez les "moyens" et les "grands" que chez les "petits" où elle dût se manifester différemment. Rires le jour, pleurs et cauchemars la nuit...

Pour ces garçons et ces filles, dont l'enfance fut volée, le séjour dans les maisons ou dans les familles d'accueil, après la dispersion des centres, reste, dans l'ensemble, perçu comme une embellie dans leur drame personnel. Ce qui explique leur attachement à l'O.S.E. et l'émotion des retrouvailles récentes, mais aussi la différence de réaction entre ceux qui connurent la paix - relative - des maisons et les autres, tel M. Wolff.


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