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Henri Wolff fut arrêté, avec ses parents, lors de la rafle du 26 août 1942. Voici son témoignage.
Les hasards de lexode, des routes encombrées et dune vieille voiture poussive qui rendit lâme, fut lunique raison pour laquelle nous nous sommes arrêtés et restés à Saint-Hilaire-le-Château. Nous y avons habité jusquà notre déportation. Le maire nous attribua une habitation, puis, quelques mois plus tard, une petite maison « aux Combes » par Saint-Hilaire-le-Château.
« Les Combes », ce petit village dune quinzaine dhabitations et ceux qui y demeuraient : les Talabot, les Montegudet et tous les autres, nous ont tout de suite acceptés, aidés, pris en amitié, soutenus et respectés. Les « Combes » furent pour nous un havre de paix et de chaleur. Nous en avions bien besoin. Nous étions Juifs, étrangers, et sans grandes ressources, de surcroît.
Mon père, très rapidement, fut requis au G.T.E. (groupement des travailleurs étrangers). Pour mémoire, les GTE, véritables travaux forcés, furent créés par le gouvernement de Vichy. Y furent incorporés des républicains espagnols et des Juifs.
Mon père fut envoyé à Neuvic dUssel en Corrèze et travailla à lextraction de la tourbe du plateau de Millevaches.
Quant à ma mère et moi, assignés à résidence, obligés de pointer à la gendarmerie de Pontarion, et ce très régulièrement, avons travaillé à la ferme. Le moins que lon puisse dire, cest que les dits gendarmes manquaient de la plus élémentaire courtoisie à notre égard. Il est vrai que nous étions des Juifs. Pas grand-chose ne nous fut épargné : attente prolongée au pointage à la gendarmerie, interrogatoires soupçonneux. Je circulais à vélo. Dès quils me voyaient, ils marrêtaient : interrogatoire, vélo scrupuleusement inspecté, etc.
Cinq gendarmes de Pontarion sont venus vers quatre heures du matin. Ils octroyèrent à ma mère un quart dheure pour remplir une valise. Quant à moi, voulant sortir pour satisfaire un besoin naturel, je reçus du gendarme Magnol qui conduisait cette héroïque expédition une paire de gifles. Des coups, jen ai reçu beaucoup là-bas, mais cette humiliation-là, je ne lai jamais oubliée.
Ils nous amenèrent à Boussac, petit camp de transit installé dans une cartoucherie désaffectée. Nous y sommes restés quelques heures et à la nuit tombante, départ vers le camp de Nexon.
Nexon : 600 à 800 prisonniers parqués dans une douzaine de baraques. 24 latrines dans un camp où ont régné du début à la fin en permanence dysenterie, diphtérie, typhoïde. 60 robinets situés sur le terre-plein du camp, souvent gelés lhiver ; et noublions pas les 3 douches, je le répète pour 600 à 800 internés. Nexon, où nous avons retrouvé mon père, que les gendarmes avaient amené de Neuvic-d'Ussel. Là, à lintérieur du camp, il reçut son acte de libération des GTE. Vichy le libérait des travaux forcés pour lenvoyer vers la mort. Nous avons reçu aussi la visite dun fonctionnaire de Vichy qui nous assura que nous serions convenablement traités, envoyés en Allemagne ou en Pologne et serions astreints au travail de la terre, mais que les familles ne seraient pas dispersées. Il nous proposa aussi de lui remettre nos biens : argent, objets de valeur, bijoux, qui nous seraient intégralement remis à la fin de la guerre. Je me souviens de la réflexion de ma mère : « lessentiel cest que nous restions ensemble ». Nous sommes restés un jour et une nuit à Nexon et ce fut le départ vers Drancy. A la ligne de démarcation, nous attendait la Feldgendarmerie allemande, prenant le relais de la gendarmerie française. Une journée à Drancy et le départ vers lenfer.
Le départ vers lenfer pour moi, le voyage vers la mort pour mes parents.
26 ème convoi : 1005 Juifs partis de Drancy ; 987 vivants à larrivée. 18 des nôtres étaient morts pendant le trajet. A Auschwitz les SS ont ouvert les portiques des wagons. Ils ont sorti 12 hommes et 27 femmes, tous très jeunes. Les wagons se sont refermés. Le regard de ma mère, je ne lai jamais oublié. Elle était belle ma mère, blonde, des yeux très clairs remplis de larmes, une robe bleue à pois rouges. Elle avait trente six ans et il lui restait trente six heures à vivre.
Les chambres à gaz fonctionnant depuis peu nétaient pas encore performantes. Au gaz Zyklon B, ils ajoutaient les fumées de pots déchappement.
On a retrouvé le livre de bord de la SS : le « KALENDARIUM ». Il a été édité en allemand, puis en polonais, mais malheureusement pas en français. On y lit : convoi n° 26 : 957 Juifs, 918 gazés, et ce commentaire du docteur SS Kramer : « Pour la première fois à quatre heures du matin jai regardé le fonctionnement de la chambre à gaz. En comparaison, lenfer de Dante nest rien ». Ma mère était parmi les gazés. Je ne sais pas quand mon père a disparu.
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