L'antisémitisme en zone "libre"


Une politique qui devance les exigences allemandes


En comparaison des persécutions de la zone occupée, la zone "libre", administrée par le gouvernement de Vichy, peut paraître, au début de la guerre, une terre d'accueil. Et, effectivement, beaucoup ont franchi la ligne de démarcation avec l'espoir d'échapper aux nazis. Mais, même si Vichy ne pratiquait pas un "antisémitisme de peau", les lois xénophobes et "l'antisémitisme d'État", mis en place sans que les Allemands ne l'aient encore demandé, préparent le terrain pour la "solution finale" en excluant de la communauté nationale les étrangers et les Juifs (et bien sûr, en priorité, les Juifs étrangers).


Les lois xénophobes


Avant même que les Juifs soient persécutés en tant que tels, un nombre important d'entre eux sera menacé par les lois xénophobes, puisque, dès juillet 1940, on exclut des administrations toutes les personnes qui ne sont pas nées de père français. On organise également la révision des naturalisations octroyées depuis 1927 (" Français de fraîche date"). En trois ans, la Commission chargée de la révision examine plus de 500 000 dossiers de naturalisés, et propose plus de 16 000 retraits dont un peu plus de 6 000 concernent les Juifs.

En septembre, un pas supplémentaire est franchi avec la loi astreignant, si nécessaire, " les émigrés en surnombre dans l’économie française " à être versés dans des groupes de travailleurs étrangers (GTE), notamment pour l’exploitation à bon compte des mines du Sud de la France.


L'antisémitisme d'État  


"L'antisémitisme d'État", à défaut de vouloir l'extermination des Juifs, comme "l'antisémitisme de peau" des nazis, met en place un véritable apartheid : définition raciale, exclusion d’un certain nombre de fonctions, principe d’un numerus clausus à fixer pour les autres professions (loi portant statut des Juifs du 03/10/1940, renforcée le 02/06/1941), interdiction de l’accès aux Chantiers de jeunesse, création d'un Commissariat général aux Questions juives. Ce Commissariat, confié à Xavier Vallat, multiplie les mesures d'exclusion, organise, sur le modèle de la zone occupée, la spoliation des entreprises juives en zone sud, et, peut-être plus grave encore, leur recensement.


L'abdication devant les nazis


Dans ce contexte, les Juifs étrangers, cumulant deux "handicaps", sont les premières victimes : dès octobre 1940 une loi permet leur internement. Mais les Allemands jugent la politique d'exclusion de Xavier Vallat insuffisante et, en février 1942, font pression sur Vichy pour obtenir son renvoi. Il est remplacé par Darquier de Pellepoix, antisémite fanatique, qui trois mois plus tard déclare à la presse : " Les Français doivent se rendre compte que le principal responsable de leurs misères actuelles est le Juif ".

Comme pour les Juifs raflés à Paris en juillet-août (notamment lors de l'opération "Vent printanier"), le gouvernement Laval accepte de livrer aux Allemands les Juifs étrangers de zone occupée, les sacrifiant semble-t-il avec l'espoir de sauver les Juifs français, non par philanthropie, mais parce que ces rafles suscitent une vive émotion dans l'opinion. Dans le même ordre d'idées, et pour éviter l'effet désastreux de la séparation des familles sur l'opinion, il propose aux Allemands qui n'en demandaient pas tant d'y inclure également les enfants de moins de 16 ans.

Fin 1942, quand les Allemands, occupent la zone "libre" et étendent la "solution finale" à tout le pays, ils trouvent un terrain bien préparé par le gouvernement vichyssois, qui, happé par la spirale de la collaboration, ne peut que déclarer par la bouche de Laval : " La victoire de l'Allemagne empêchera notre civilisation de sombrer dans le communisme. La victoire des Américains serait le triomphe des Juifs et du communisme. Quant à moi, j'ai choisi…"


 

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