L'approche fonctionnelle des obstacles aux apprentissages par le repérage des difficultés fonctionnelles des apprenants
Le contexte n'est pas limité à la dimension cognitive. Cependant, avant d'examiner brièvement les autres composantes (sociales et affectives), je voudrais rester encore un peu sur l'aspect cognitif de cette approche fonctionnelle qui est au centre du concept de médiation pédagogique.
Un auteur majeur de cette approche est donc André Rey, que j'ai cité plus haut et qui a enseigné à l'Université de Genève. Il est essentiellement connu pour les tests qu'il a élaborés (notamment, " la figure de Rey "). Mais l'uvre de Rey, c'est bien plus que cela, c'est toute une orientation du diagnostic qui est, avant la prise en charge, le problème central de tous les formateurs et les enseignants.
On peut citer quelques
points relevés par REY pour expliquer des performances
insuffisantes ou des blocages. Ces points éclairent bien
ce que peut être l'origine fonctionnelle :
- par de l'inattention, une lecture superficielle des données, l'oubli de certaines conditions du problème ou de la solution ; dans tous les cas, la capacité opératoire n'est pas en cause.
- par l'ignorance de certains termes ou le défaut de certaines connaissances nécessaires pour comprendre la nature de l'épreuve
- par la précipitation a résoudre le problème : le sujet n'a pensé qu'à la rapidité, il a tout sacrifié à la vitesse
- par souci exagéré de la qualité
- par la lenteur opératoire: le sujet travaille à un rythme trop lent.
- par achoppement à une difficulté : le sujet, arrêté par un problème difficile ou par l'incompréhension d'une donnée, reste fixé sur la difficulté au lieu de passer à d'autres problèmes qu'il résoudrait sans peine
- par défaut de méthode
- par scrupule, difficulté à se décider : le sujet trouve la solution mais, manquant d'assurance, ne se décide pas à inscrire la réponse ou à exécuter la tâche ; il craint de s'être trompé, la solution lui parait trop facile, il songe à un traquenard possible.
- par incapacité à annuler les démarches successives du tâtonnement, les premières fixations de l'attention, les premières hypothèses formulées : après s'être engagé dans une première direction, le sujet a de la peine à revenir au point de départ en annulant la construction réalisée, la perspective entrevue, les jalons posés.
- par hyperfatigabilité mentale : après un effort initial normal, la fatigue intervient et réalise le rétrécissement du champ mental, la prolifération associative, la rigidité des structures, etc.
- par développement disharmonique de l'intelligence : nous touchons ici à l'important problème des formes d'intelligence, le sujet ne présente une insuffisance de rendement que pour autant que le problème est posé sous une forme exigeant un certain mode de représentation ou de tâtonnement ; selon les cas, il suffit de concrétiser le problème ou, au contraire, de le préciser verbalement, ou encore de le rendre plus abstrait et général, pour diminuer la difficulté.
- par blocage émotif : devant la première difficulté, le sujet perd ses moyens et l'affolement augmente avec le sentiment du temps qui passe (rétrécissement du champ mental par l'émotion ou l'anxiété).
Et pour bien préciser sa pensée, André Rey ajoute : " Cette analyse des difficultés intellectuelles, qui doit être complétée par l'analyse de la forme et du degré de motivation, permettra d'interpréter un rendement inférieur et d'identifier les cas où l'insuffisance, tout apparente, ne relèverait que d'un accident, d'une incompréhension, d'un manque de savoir-faire, en bref, d'un facteur n'intéressant pas le fonctionnement intellectuel à proprement parler. "
Ce que nous disent, chacun
à sa manière, ces différents et prestigieux
auteurs, c'est qu'il ne faut pas se tromper de diagnostic en
cas d'échec ou de blocage : le pire (retard de développement,
incapacité structurelle) est peu probable et, avant de
l'envisager, examinons les causes fonctionnelles de l'échec
et le contexte dans lequel la performance a été
produite.
Comme je l'ai dit précédemment, le contexte dont
il est question n'est pas seulement cognitif. Il est aussi conatif
(c'est à dire social et affectif). En parlant de scrupule,
de blocage émotif, d'hyperfatigabilité mentale,
de motivation, André Rey le montre clairement.
Plus largement, l'apprenant ne saurait être enfermé dans un fonctionnement cognitif qui se réduirait à la façon dont il traite l'information. Il y a une convergence de chercheurs d'horizons divers pour refuser une lecture simpliste du fonctionnement humain en soulignant l'importance de la signification, de l'émotion, des sentiments, de la socialisation, de la culture....