N + 1 "inter"
vers N + 1 "intra" :
Le
formateur doit alterner des séquences de travail en groupe
(positionnées dans la zone proximale de développement,
"fonction interpsychique") et des séquences de
travail individuel visant à la consolidation individuelle
des acquis en groupe, "fonction intrapsychique". Ce point est également
crucial car le recours systématique au travail de groupe
n'est pas la panacée pour sortir les apprenants des blocages
qu'ils rencontrent. La prise en compte du travail individuel dans
les stratégies pédagogiques, notamment avec des
apprenants de faible niveau, est ce qui marquera la différence
entre l'assistance et la dépendance d'une part et le développement
de l'autonomie d'autre part. On peut dire également que
les régulations sociales constituent des moyens
de faire progresser les apprenants alors que les autorégulations
sont les objectifs pédagogiques : l'objectif est
le développement individuel.
Nous avons donc tous trop
tendance à faire jouer une médiation de tutelle
forte tout au long d'une formation avec ces publics alors que
l'objectif est l'autonomie. Cela ne paraît pas toujours
évident quand on voit des enseignants ou des formateurs
après des semaines de travail avec le même groupe,
toujours aussi présents, toujours aussi aidants, toujours
aussi guidants. Cela pose des problèmes que Jérôme
Bruner analyse très bien quand il dit qu'il est important
que le tuteur contrôle la frustration de l'apprenant, c'est-à-dire
le conduise à la réussite, mais, ajoute-t-il, "l'inconvénient
majeur d'un contrôle durable de la frustration, c'est une
trop grande dépendance à l'égard du tuteur"
.
On perçoit, j'espère, l'importance des autorégulations : un formateur très performant dans la gestion des régulations sociales mais ne laissant pas assez de place aux autorégulations serait, de mon point de vue, un mauvais médiateur.
Cela étant dit, il ne faudrait pas non plus avoir une perception trop systématique de cette alternance entre régulation sociale et autorégulation. C'est l'idée générale, mais elle doit être adaptée à chaque public. Ainsi, par exemple, avec des publics qui sont très éloignés des apprentissages formels parce que très en rupture avec ce qui peut ressembler à l'école, ayant d'eux-mêmes une image très dévalorisée de leurs compétences, il faudra commencer par un étayage, une médiation forte sur une certaine période. On ne pourra risquer une auto régulation qu'après sept ou huit régulations sociales.
En résumé
de cette partie, je dirais que la mise en uvre pédagogique
du concept de " ZPD " me semble essentielle avec les
publics de faible niveau. En plus des causes sociales, économiques
et autres du processus d'exclusion, il ne faudrait pas que, dans
les dispositifs de lutte contre cette exclusion, on ajoute la
dimension pédagogique.