L'ÉDUCABILITÉ COGNITIVE

 

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Ce que nous sommes les uns et les autres depuis notre conception, c'est bien le produit constant d'une interaction entre un patrimoine génétique et un environnement. Tout mettre du coté du patrimoine génétique serait une erreur, y compris lorsqu'il y a des problèmes d'aberration chromosomique. On peut affirmer que les styles éducatifs, les sollicitations, etc. vont jouer un rôle important dans le fonctionnement intellectuel que manifesteront ces enfants après un certain nombre d'années. Cela ne veut pas dire que, même avec d'excellents médiateurs, le handicap va complètement disparaître. Mais, quand nous voyons fonctionner des enfants en grande difficulté cognitive, quel que soit leur âge, nous devons nous dire que nous avons de la marge. Cette marge dépend pour beaucoup des conduites éducatives, en rapport avec le regard porté sur les potentialités et sur les lacunes.

Il en va de même avec les apprenants adultes si on accepte l'hypothèse de l'éducabilité de l'intelligence tout au long de la vie. L'illettré adulte, par exemple, a des compétences (savoir se servir de personnes ressources pour contourner le problème de l'écrit par exemple, ou encore développer de grandes capacités de mémorisation), dont on fait, en général, peu de cas dans la prise en charge pédagogique. Il a évidemment aussi des incompétences. Mais le problème, qu'il s'agisse des illettrés adultes ou qu'il s'agisse des enfants "en difficulté" à l'école, est que les incompétences apparaissent au premier plan. On a tendance à ne voir qu'elles. L'un des problèmes, que nous rencontrons les uns et les autres dans la mise en uvre de stratégies pédagogiques, est que dresser la liste des incompétences conduit au découragement. Bien sur, il y a des manques, bien sur, il y a des lacunes. Mais il y a aussi des potentialités. Il n'existe pas d'individu, quel que soit son état cognitif qui n'ait que des incompétences. Par conséquent, le regard porté sur les potentialités va jouer un rôle considérable dans la prise en charge pédagogique. La phase dite de régulation sociale permet cela puisque l'aide du médiateur ou le travail en groupe devront intervenir et il faudra donc donner aux apprenants une tâche difficile pour eux, mais pas trop (N+1 n'est pas N+10). Reuven Feuerstein (l'auteur du P.E.I.) partage cette approche avec Vygotski. Il utilise un autre vocabulaire, peut être plus expressif, pour souligner la nécessité de la complexité de la tâche en phase de régulation sociale. Il parle de " pédagogie active modifiante " lorsque la tâche est complexe et nécessite des interactions sociales, et de " pédagogie passive acceptante " lorsque le formateur donne des tâches trop simples qui entérinent, en quelque sorte, la piètre opinion qu'il a des compétences des stagiaires.
Le cas des travaux de groupe des apprenants est assez révélateur de la difficulté des formateurs à situer le niveau de la tâche à réaliser et à interpréter un éventuel échec des apprenants. Ainsi, il nous est arrivé à tous de faire faire un travail en petit groupe à des stagiaires sans avoir vraiment mesuré le niveau de complexité. Les tâches à faire en groupe sont alors souvent d'un niveau de difficulté comparable à celui des tâches à réaliser seul, c'est à dire assez peu élevé. Que va t'il se passer ? Les apprenants vont commencer chacun de leur côté et le formateur va intervenir (c'est un travail de groupe il faut discuter, il faut échanger !). Ils reprendront la tâche en groupepour quelques instants et reviendront ensuite à leur travail individuel. En général, le formateur n'interprétera pas cela comme relevant d'une complexité insuffisante de la tâche, mais sa conclusion sera : " ils ne savent pas travailler en groupe ".