Pour ce qui concerne les
facteurs sociaux, le médiateur (formateur, tuteur, etc.)
aura à poser, avec les apprenants, les repères
et les limites du dispositif de formation. Qu'est ce qui est
possible, qu'est ce qui ne l'ai pas. Quelles seront les règles
et les sanctions si ces règles sont transgressées
?
Je voudrais surtout insister sur la qualité de l'accueil
en début de formation. Comment sont accueillis les apprenants
la première fois qu'on les voit et qu'ils se demandent
ce qu'ils viennent faire, ce qui va leur arriver, comment ça
va se passer, est-ce qu'ils vont être à la hauteur.
C'est le moment pour l'équipe de formateurs de poser ses
intentions par rapport au groupe en termes institutionnels (présentation
de l'institution et de son histoire, finalités de la formation,
aspects réglementaires etc.), éducatifs (fonctionnement
prévu, coordination, identification des rôles des
interlocuteurs etc.) et pédagogiques (Présentation
et justification des buts et objectifs généraux,
choix des thèmes, progressions, contrôle des connaissances
etc.). C'est aussi un moment important pour asseoir la relation
apprenants/formateurs dans l'écoute réciproque (répondre
soigneusement aux questions posées par les apprenants par
exemple), le respect mutuel et la transparence. C'est important
pour tous mais essentiel pour des publics qui sont en rupture
par rapport aux formations, des publics pour lesquels c'est difficile
de rester assis un certain temps, des publics pour lesquels il
y a une réelle fatigue intellectuelle qui s'installe.
L'absence d'un réel travail de repérage ne facilite
pas, au sein de la communauté que constitue un groupe en
formation ou un groupe classe, la création et la négociation
de la signification (dont Bruner écrit qu'il s'agit du
problème central de la science cognitive ) par rapport
à l'ensemble du dispositif de formation et à ses
implications. Cette intentionnalité, cette transparence
doivent se manifester tout au long de la formation : le "
dit " est toujours préférable au " non
dit " en pédagogie aussi.
Avec l'AFPA, à
Toulouse, nous avons fait un travail technique sur le terrain
en génie climatique sur le problème de l'accueil.
On a conçu un " module d'accueil et de découverte
". Ce module se déroule pendant 10 jours, en début
de formation. Lorsque, avec les collègues de Toulouse,
nous sommes allés ce travail à Lille il y a quelque
temps, la question qui a été tout de suite posée
était " mais comment avez-vous fait pour rattraper
ces 10 jours ". Mais quand on crée un climat favorable
aux apprentissages et que le contexte est stimulant, ce n'est
pas vraiment du temps perdu par rapport au contenu technique.
Agir sur la dimension sociale ne se limite pas aux aspects institutionnels.
Il y a des stagiaires qui doivent venir en formation sous peine
de voir perdre leurs indemnités (je pense aux personnes
percevant le RMI par exemple). Il arrive que certains soient dans
une problématique de survie au sens le plus élémentaire
qu'on puisse donner à ce terme. Par rapport à cela,
il y a un mot que je n'ai pas encore prononcé mais qui
est extrêmement important par rapport à la démarche
d'activation des compétences, c'est le mot énergie,
énergie de vie. Activer des compétences cela suppose
qu'on mobilise l'énergie nécessaire pour cela, et
aucun d'entre nous n'a une énergie inépuisable pour
activer ses compétences. Il y a des moments où l'énergie
qui nous reste est orientée vers des choses qu'on considère
comme plus fondamentales : manger, trouver un toit pour dormir,
se soigner etc. Si ce n'est pas géré, en relation
avec les travailleurs sociaux, il ne faudra pas s'étonner
qu'en formation l'énergie nécessaire aux apprentissages
ne soit pas trop disponible. Il ne faudra pas alors confondre
énergie non disponible et incompétence.