LA ZONE PROXIMALE DE DEVELOPPEMENT

Retour vers la page d'accueil

 

Ce terme, peu courant, est la traduction française de la traduction américaine du texte de Vygotski (rédigé à l'origine en russe) ! Une traduction française " directe " du texte russe serait : zone la plus proche du développement actuel. Toutefois, la version américaine s'est imposée et les termes de " zone proximale " sont aujourd'hui les plus utilisés un peu partout dans le monde. Un certain nombre d'entre vous savent ce qui se cache derrière ces termes étranges. Ce n'est probablement pas le cas de tous et il est important de détailler car avec cette " ZPD " nous touchons à l'essentiel de la médiation pédagogique et à l'origine sociale du développement mental.

L'idée de la zone proximale de développement est donc probablement la plus fructueuse en pédagogie de tout l'apport de Vygotski à l'étude du développement.

Quelques repères théoriques

La définition que donne Vygotski de la zone proximale de développement est la suivante : "c'est la distance entre le niveau de développement actuel tel qu'on peut le déterminer à travers la façon dont l'enfant résout des problèmes seul et le niveau de développement potentiel tel qu'on peut le déterminer à travers la façon dont l'enfant résout des problèmes lorsqu'il est assisté par l'adulte ou collabore avec d'autres enfants plus avancés" . Autrement dit, le développement actuel marque ce qu'un individu maîtrise déjà seul, le type et le niveau de fonctionnement cognitif qu'il est capable de mettre en uvre de façon autonome pour résoudre un problème. La zone proximale marque ce qui peut constituer la prochaine étape de son développement actuel pour peu qu'une interaction sociale (avec un adulte ou des pairs) soit initiée.

Cette distinction entre développement actuel et zone proximale permet à Vygotski de préciser le sens du développement : du social (médiation) vers l'individuel (développement actuel). Le médiateur doit, en effet, situer son intervention dans la zone proximale de développement pour permettre à l'apprenant de dépasser ses compétences actuelles grâce à une activité conjointe avec le médiateur ou avec d'autres apprenants. Le médiateur doit également permettre l'intériorisation des procédures acquises dans l'interaction sociale pour que l'apprenant puisse les mettre en uvre de façon autonome, c'est à dire les intégrer dans le développement actuel ("chaque fonction psychique supérieure apparaît deux fois au cours du développement de l'enfant : d'abord comme fonction interpsychique, puis la deuxième fois comme activité individuelle, comme propriété intérieure de la pensée de l'enfant, comme fonction intrapsychique")

Par ailleurs, les apprentissages, médiatisés avant de pouvoir être autonomes, vont "tirer le développement vers le haut", c'est à dire qu'ils vont permettre un "développement en spirale", pour reprendre l'expression utilisée par Doise et Mugny . En effet, l'activité de médiation dans la zone proximale de développement a pour conséquence, si elle est bien conduite, de permettre à l'apprenant de fonctionner conjointement avec autrui à un niveau supérieur à ce qu'il était capable de faire seul et, dans un second temps, de fonctionner seul à ce niveau atteint en groupe. L'apprentissage, médiatisé dans un premier temps, précède donc le développement.

Plus généralement, le développement prend des chemins qui peuvent varier en fonction d'un certain nombre de facteurs : diversité des sources d'apprentissage dans un environnement social complexe, spécificité et diversité sociale de la communication verbale, formation de concepts quotidiens par activité pratique et communication avec l'entourage et de concepts scientifiques par transmission formelle, avec des interactions complexes entre les deux qui vont permettre une intégration des concepts dans des domaines de connaissance. Cette diversité va s'exprimer dans les actions médiatisées dans la zone proximale de développement. Le médiateur devra en assurer la gestion. Il devra aussi faire des choix par rapport à l'orientation du travail de groupe dans la zone proximale de développement.

Il n'est donc pas légitime de réduire le processus de développement proposé par Vygotski à un modèle comprenant des étapes hiérarchisées et une progression au pas à pas vers un but commun à tous : les caractéristiques de la socialisation donnent au modèle de Vygotski une dimension qualitative qui laisse ouvertes les orientations développementales. Nous sommes loin d'un développement "préorienté" sous l'effet de facteurs endogènes.