ÉVOCATION/PERCEPTION

 

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Détermination des habitudes évocatives individuellement.

 

Détermination des habitudes évocatives en classe :

fiche élève

Fiche prof

 


Apprendre en restant soi-même


Il n'y a pas d'apprentissage véritable sans que l'on puisse donner un sens à ce que l'on fait. Il n'y a pas non plus d'apprentissage véritable si l'on doit abandonner une part importante de soi-même pour apprendre. Ces deux aspects sont souvent reliés. Si les mathématiques apparaissent comme une suite de gestes à accomplir dont les finalités échappent, si les moyens de les apprendre semblent tellement différents, tellement étranges et étrangers, l'élève aura l'impression qu'on lui demande de pénétrer dans un monde absurde et même dangereux dont il est exclu au départ. Nous sommes donc obligé de relier l'apprentissage des mathématiques non pas à la "vie courante", ce qui conduit souvent à des absurdités, mais à certains aspects de la "vie intérieure" consciente des individus. Les élèves en difficulté sont toujours fort étonnés que l'on s'intéresse à eux et au moyens mentaux qu'ils utilisent dans la vie quotidienne avant de passer aux mathématiques. Ils sont encore plus étonné quand on leur montre que certains des gestes mentaux qu'ils effectuent quand ils font du sport, par exemple, leur permettent de commencer à apprendre les mathématiques. Un élève a souvent l'impression d'être un "objet" à l'école. Si on lui demande tout d'un coup de partir de qu'il est et de ce qu'il fait déjà pour apprendre, il devient "sujet" et, qu'il le veuille ou non, responsable.


La perception et l'évocation


Nous croyons souvent qu'il suffit de parler pour être compris, ou au moins être "entendus", ou qu'il suffit de montrer pour que ce que nous montrons soit "vu". Tous ceux qui enseignent ou qui simplement tentent de communiquer à d'autres des idées ou simplement des faits savent qu'il n'en est rien.
Antoine de La Garanderie a distingué deux temps dans le processus d'intériorisation d'un évènement extérieur: la perception et l'évocation. Cette distinction a le mérite d'avoir des conséquences pédagogiques très importantes. Si enseigner c'est "transmettre à un élève de façon qu'il comprenne et assimile", l'évocation va nous permettre d'isoler ce moment de compréhension et d'assimilation, d'en décrire certains aspects pour lui faire toute sa place.

 

Cliquez sur la zone du graphique qui vous intéresse pour avoir des explications (1)

 

Sur ce graphique, nous avons représenté l'évocation qui part d'un objet externe et produit une impression. À partir de cette impression, et par l'intermédiaire du langage intérieur, se construit un objet évoqué. Souvent, il est nécessaire de revenir à l'objet externe pour créer des impressions plus précises permettant au processus d'évocation de se faire avec plus de précision.

 

 

L'objet extérieur, le résultat de la perception, l'objet évoqué et le va-et-vient entre ces trois éléments.


Le résultat de l'évocation, ce retour actif sur l'impression laissée par la perception en quête de sens, fait appel au langage intérieur pour créer un objet évoqué, objet n'ayant de réalité que mentale, écho construit et personnel d'une réalité extèrieure. Le sens sera d'autant plus clair que l'objet évoqué sera précis et solidement associé au langage intérieur. Cette recherche dans la précision de l'objet évoqué demande souvent de retourner non seulement sur les impressions laissées par une première perception, mais de reprendre les choses en leur début, à la perception même pour remettre tout le processus en uvre. La construction de l'objet évoqué se fait donc progressivement à travers le langage intérieur ce qui nécessite des retours successifs sur ce qui est perçu.

Les habitudes évocatives

Pour avoir un exemple de détermineation des habitudes évocatives des élèves, cliquez ici.


Il semble que nous ayons des habitudes évocatives: nous pouvons avoir l'habitude de nous donner surtout des images visuelles, et nous dirons dans ce cas que nous avons une dominante visuelle; nous pouvons aussi avoir des habitudes évocatives auditives, c'est à dire que nous nous donnons surtout des images sonores; nous pouvons aussi nous donner des images verbales, c'est à dire que nous devons nous parler pour évoquer ce qui nous entoure. Nous pouvons aussi pratiquer une évocation kinesthésique, c'est à dire à partir des gestes ou du ressenti. Cette évocation est souvent le point de départ d'une autre évocation dans le domaine intellectuel, évocation visuelle, verbale ou auditive. Nous donnerons des moyens de reconnaître ces divers profils dans le domaine qui nous concerne.

On peut prendre conscience facilement de la différence entre le temps d'évocation et le temps de perception: chacun de nous a déjà lu des pages entières d'un livre sans en comprendre le moindre mot. Le décodage, la perception dans ce cas, s'est bien faite, mais la traduction de ce qui est lu sous la forme d'images visuelles, de sons entendus ou d'un discours personnel n'a pas eu lieu, et il n'y a pas d'évocation ni par conséquent, de compréhension.


Dire qu'il y a formation d'images visuelles, ou autres au moment de l'évocation ne veut pas dire que la compréhension se réduit à la formation de telles images. Ce n'est que la partie apparente du processus. La vague n'est pas la mer, mais pour le marin, c'est la hauteur de la vague et les courants de surface qui lui importent et non le taux d'oxygène près du fond. Quand nous dirons de quelqu'un qu'il est visuel nous dirons simplement qu'il est conscient d'abord d'images visuelles.

Le geste mental

 


Nous avons parlé de geste mental. Il est temps de donner une définition dynamique de ce terme:

Effectuer un geste mental consiste à faire subir, consciemment et dans un but précis, un certain traitement à des représentations mentales.

Un geste mental comporte deux facettes:
1- Le résultat qu'il permet d'atteindre (mémoriser, comparer etc..)
2- Les modalités mentales du traitement effectué sur les représentations mentales (se donner une représentation imagée ou verbale d'un objet par exemple).

Désirer effectuer un geste mental, c'est donc avoir un double projet:
1- L'un concerne l'objectif à atteindre: mémoriser, faire attention, trouver des invariants etc...
1- L'autre concerne les modalités mentales d'y parvenir: par exemple s'imaginer dans l'avenir et se redire ce que l'on veut retenir, écouter en se redisant dans ses propres mots ce qui est dit, superposer mentalement deux images en observant ce qui coïncide et ce qui diffère.

Ce qui fait l'originalité de la notion de geste mental, c'est l'association entre le but à atteindre et certaines modalités qui permettent de l'atteindre.

C'est ce qu'on fait dans le domaine sportif, où l'on fait faire des gestes qui permettent de réaliser une tâche: par exemple, comment frapper la balle pour lui donner un certain effet. Les tâches intellectuelles, parce qu'internes, ne semble pas accessibles à une expérience aussi directe.


Notons que, même pour les gestes de nature physique, c'est la représentation mentale du geste à accomplir qui va précéder et diriger le geste physique. Les sportifs de haut niveau se repassent mentalement le geste physique à accomplir avant de l'effectuer.
La représentation mentale du geste physique a effectuer pourra être de nature visuelle (je montre le geste), auditive (je dis comment faire le geste) ou kinesthésique (je te fais faire le geste pour que tu le resse
ntes). La description pourra faire appel à plusieurs de ces modalités en même temps.

Quelque soit la méthode (verbale, visuelle ou kinesthésique) utilisé pour décrire le geste à faire, chaque individu va élaborer son codage mental personnel selon des modalités qui lui sont propres. Évidemment, le codage mental sera plus direct, plus rapide et plus efficace si l'enseignant utilise la modalité la plus habituelle pour l'élève.

 

La réussite scolaire et l'évocation

 

Ceci permet de préciser un certain nombre de concepts .
- La réussite d'une tâche intellectuelle dépend de l'accomplissement de gestes mentaux.
- Les modalités de ces gestes mentaux sont différentes d'un individu à l'autre.
- Tenter d'accomplir des gestes mentaux qui sont contraire aux habitudes d'un individu conduisent à un échec plus ou moins important.
- Adapter les gestes mentaux qu'effectue un individu à ses habitudes mentales augmente sa performance.
- Certains individus ont des habitudes de visualisation consciente très supérieures à leurs habitudes de verbalisation
- Certains individus ont des habitudes de verbalisation consciente très supérieures à leurs habitudes de verbalisation.

Il ne s'agit pas de donner une consigne précise portant sur les modalités d'un geste mental, mais au contraire adapter la consigne aux habitudes de ceux qui devront l'appliquer, et faire évoluer leur habitudes mentales. C'est donner à chacun les moyens et le temps de trouver les modalités d'évocation qui vont lui permettre de progresser.

Du point de vue pédagogique, c'est sur le processus d'évocation qu'il nous faut agir alors que nous sommes portés à prendre surtout en compte la perception: nous veillons à la présentation des cours, à leur organisation didactique, ce qui est essentiel. Mais il nous faut aussi prendre en compte le processus d'évocation pour rejoindre l'elève où il est et comme il est, au moins dans un premier temps.