La fiche élève
La mise en place de l'évocation
n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Il ne suffit
pas d'informer les élèves, il faut les placer dans
des circonstances où cette évocation est indispensable
et fait partie de l'activité d'enseignement. Comme l'évocation
inclut une composante personnelle, il nous semble aussi indispensable
de ménager des temps de rencontre entre certains élèves
et des enseignants, sous forme d'entrevues.
Nous allons donner des exemples de ces "mises en place" à partir du travail fait cette année en français.
Modalités au début de l'année
Au début de l'année, deux heures sont consacrées à ce travail, afin de faire prendre conscience aux élèves de leurs propres représentations, de celles des autres, donc de leurs différences et de la possibilité éventuelle pour eux d'en utiliser d'autres, mais aussi afin de pouvoir répondre à leurs questions et de les rassurer face à cette tâche qui en déstabilise certains.
Le texte alors proposé était la première page du Chien jaune , dans lequel on trouve des personnages, des actions, des sentiments, des sensations, des notions de lieu et de temps, une description et certains aspects du discours. La page est lue par le professeur d'abord, une fois par les élèves ensuite, afin de déterminer les images mentales qui les aide à se représenter le texte, et comment elles se complètent. Une succession de questions est posée oralement aux élèves qui visent à faire :
- préciser leurs représentations du texte en utilisant
les moyens qu'ils choisissent (mots, phrases, schémas,
dessins)
- Réfléchir à la façon dont ils ont
reconstruit le texte.
Les élèves ont ensuite raconté à leurs
camarades ce qui'ils avaient reconstruit et ils en ont discuté
C'est à partir de ces données que nous avons tenté d'établir un classement de leurs représentations (ainsi qu'à l'aide de celles des élèves des années précédentes) et de leur proposer, au deuxième trimestre, la fiche élève que l'on va trouver plus loin. Ils y avaient réfléchi et avaient pris conscience d'autres possibilités ou avaient affiné leurs explications.
Par la suite, dans le courant de l'année, après la lecture du texte, une relecture individuelle est proposée avec le projet d'avoir à l'évoquer. Sur certains textes, cette étape peut durer une demie heure, ou quelques minutes seulement. Elle est d'abord individuelle, puis un élève propose ses représentations en racontant ou en dessinant au tableau. Les autres élèves complètent, modifient, en discutent. La consigne précise alors : il faut revenir au texte initial, le comparer avec son texte, son schéma. Chaque élève, ou les élèves en groupe, observent leurs omissions, leurs erreurs, et essaient d'en trouver les causes. ( ce sont des éléments que l'on peut récupérer dans l'explication de texte, souvent en utilisant les erreurs : par exemple, dans un texte aux repères chronologiques absents ou bousculés, les élèves ont cherché ces repères; on a pu ensuite mettre en valeur que les phénomènes de la mémoire et du souvenir s'exprimaient par ce désordre temporel ; les représentations de l'élève devenaient ainsi miroir du texte, ce qui est extrêmement valorisant. C'est aussi le moment où apparaissent toutes les bases qui peuvent manquer (vocabulaire, contexte....) , les éléments qui peuvent bloquer et tenter de les banaliser par une prise de distance (l'analyse, les remarques des camarades... )
Dans le courant de l'année, on a noté que les élèves
abordent cette étape avec plus de dynamisme, de confiance
et d'intérêt; de rapidité et de précision.
Leurs échanges deviennent de plus en plus tolérants
et respectueux de ce que les autres proposent : la notion de juste
et de faux a été déplacée, les erreurs
ont changé de signification, les différences individuelles
sont acceptées. Ils ont pris conscience également
que le travail qui suit va être réalisé plus
facilement parce qu'il va s'ancrer dans leurs représentations.
L'explication de texte se trouve préparée; d'abord
les élèves sont entrés dans le texte, en
sont imprégnés, ensuite ils ont déjà
analysé les rapports spatiaux temporels, les actions des
personnages, les effets de style qui ont pu produire les impressions.
D'autre part, cette étape a permis au professeur d'avoir
accès aux images mentales de ses élèves et
à leurs difficultés qui parfois entravent et l'approche
du texte et la maîtrise des notions à aborder ensuite.
Ces difficultés
sont les suivantes :
- les problèmes de spatialisation.
- les problèmes de temporalité (dans une moindre
mesure dans les classes de TSA , élèves peut-être
plus en prise avec le réel que les élèves
de SMS)
- Les élèves, en s'identifiant trop aux personnages,
projettent sur eux leur vécu, leurs sentiments, leur expérience,
ce qui entraîne des erreurs sur le sens.
- Les différences entre récit et discours, entre
les différents types de discours, entre narration et description,
sont mal perçues.
- Les éléments de description sont appréhendés
dans une globalité qui laisse des impressions par association,
par connotation, ce qui les entraîne loin du texte.
On va donc s'attacher plus particulièrement à préciser
ces points (on voit le parti que l'on peut en tirer en seconde)
en leur donnant du sens, par exemple en travaillant sur la symbolique
des lieux. On verra plus loin que le processus de comparaison
va influer sur ces difficultés.
Un travail analogue est conduit dans d'autres disciplines, en mathématiques en particulier.
La
fiche élève
Nous avons donné aux
élèves, dans la deuxième partie de l'année,
une fiche leur permettant de décontextualiser leur travail
d'évocation, cette fiche étant valable quelque soit
la discipline.
Nous avons aussi construit une fiche professeur , correspondant à la fiche élève.